• les alchimistes classiques identifient le labyrinthe comme un résumé des connaissances hermétiques et chimiques du roi Salomon, sur le plan symbolique, bien entendu. Fulcanelli voit dans le tracé des cercles concentriques interrompus le ‘travail entier de l’œuvre, avec ses difficultés majeures: celle de la voie qu’il convient de suivre, pour atteindre le centre, où se livre le combat des deux natures ; celle du chemin que l’artiste doit tenir pour en sortir.’

    Mais nous ne sommes plus à l’époque de monsieur Fulcanelli et il serait à propos de se demander s’il reste UN ‘artiste’ pour cheminer, sincèrement et honnêtement, vers le savoir et le démiurge… au long d’un labyrinthe comme celui de Chartres sans prétendre, comme c’est un peu trop souvent le cas, y vivre des visions et sensations fantasmagoriques ? Car, commencer le périple d’un labyrinthe c’est, surtout, aller à la découverte de soi et abandonner en cours de cheminement, corps, sentiments, idées et raisonnement, pour ne plus voir que le soi, reflet de lumière, puis revenir en témoigner parmi les profanes. C’est une mystique certaine qui incite à cette démarche, mais c’est la foi qui assure le pèlerin et la grâce, et qui, enfin, rend possible non seulement la révélation, mais le retour.

    En conclusion de ce travail, nous pourrions nous demander ce que voulaient lancer dans le temps les initiateurs de ces énigmatiques cheminements qu’étaient les labyrinthes. Etait-ce la partie intégrante, ou la matérialisation, d’un inconscient collectif ? Une interrogation sur la manifestation de la vie à la recherche de son initialité? Une interrogation telle qu’il y avait nécessité de la conjurer afin de parvenir à la résoudre ? Peut-être un message aux hommes de demain, que nous sommes, concernant une démarche à poursuivre ou un avertissement de l’inanité d’une approche vouée à une auto-destruction. Est-ce la mise en action d’une correspondance cosmique ou universelle?... Ou tout à la fois ?!

    Le labyrinthe n’en finira pas d’être un lieu interrogateur ou ‘dévorateur’. Il est indéniable que ses mythes véhiculèrent jusqu’à nous une partie, ténue, de la Tradition, alourdie de symboles contradictoires, de légendes obscurcies par une morale démagogique.

    Enfin, il conviendra, pour notre plus grand bénéfice, de redécouvrir le sens des actes, des pensées qui motivèrent création et projection dans le temps du labyrinthe éternel… car cette aire de déambulation énigmatique est peut-être, tout simplement, le dernier espace de liberté totale qu’il nous reste!


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  • Un mot pour le dire et un dessin pour le lire

    A présent, tentons de comprendre le terme ‘labyrinthe’. D’après les dictionnaires étymologiques (Larousse 1971), ce mot ainsi orthographié apparaît seulement en 1480 (Caumont) et, curieusement, l’origine proviendrait du latin ancien ‘labyrinthus’ venant du grec ‘labyrinthos’ : ‘Palais des Haches’. Les linguistiques lui donneraient ses origines en Asie Mineure, il y aurait 4000 ans, de ‘Labra’ (mine ou caverne), et d’ ‘inthos’ (jeux pour enfant), ce qui donnerait ‘petit jeu de caverne’. Faut-il également accepter une déformation ésotérique ancienne des ‘petits mystères souterrains’, ce qui expliquerait la mémoire restée fidèlement ancrée rituellement à des sites profondément magiques. Mémoire de reconnaissance aussi puisque le labyrinthe, sur un plan défensif, était protection guerrière et donnera son sens au mot ‘chicane’ : système orchestré pour causer du retard et des difficultés dans la progression de l’ennemi. Même en ce cas, le terme ‘défensif’ suggère qu’il y a ‘quelque chose de précieux’ à protéger, que ce soit matériellement, spirituellement, contre toutes formes d’attaques… y compris les plus maléfiques.

    Quoi qu’il en soit, le système de tracés du labyrinthe fait forcément appel à un niveau d’intelligence, de réflexions métaphysiques indéniables. Albertin Fonsbatel, dans ses travaux (1875), supposait que nos ancêtres connaissaient les ‘dessins’ du cerveau, ne serait-ce qu’à l’occasion d’accidents ou trépanations rituelles. Fonsbatel ajoute que l’homme, admettant très tôt la tête comme siège de la pensée, pouvait souhaiter donner à des supports chtoniens un ‘esprit’, sous forme de tracés méandreux, s’apparentant au sien… avec lequel il pourrait entrer en communication, et au delà avec les divinités de la terre et de l’univers visible et invisible. On ne fera pas mieux avec les labyrinthes des cathédrales!

    L’étrange rumeur ‘sonnante’ du labyrinthe

    Cette communication pourrait être amplifiée par une similitude anatomique avec l’oreille. Ce serait une hypothèse retenue par certains chercheurs scientifiques reconnus, tels Matheus Corre et Dan Seper, qui identifièrent une ‘tonalité’ particulière du sol des labyrinthes médiévaux existants. Ils observèrent que le dallage du circuit rendait d’abord un son différent du pavage environnant, ensuite la ‘résonance’ se modifiait en se déplaçant vers le centre. Au cœur même du parcours la fréquence passe en ‘infra’ et ‘ultra’. Enfin le plus curieux: le retour du périple, pourtant sur le même cheminement, déclenche une fréquence sonore différente de celle de ‘l’aller’!…

    On note que leurs travaux, d’un registre purement scientifique, feront l’objet de commentaires laconiques et très embarrassés, car aucune explication rationnelle ne pourra expliquer le résultat analytique des sondes enregistreuses fournies par des laboratoires excluant toute approche fantaisiste. Le rapport restera au stade d’une étude sans diffusion, ce qui est regrettable. Sur un plan plus symbolique, on retient l’importance, accordée par toutes les civilisations, au son, à la parole et au chant. Le son primordial fut reconnu comme lien ‘essentiel’ entre le créateur et sa créature. Si le labyrinthe symbolisait une ‘intelligence divine’, il devenait indispensable que quelques uns soient à vocation oraculaire, figurant l’écho de la pensée à l’identique des graphismes dans les lieux sacrés où la parole prend tout son sens divin.


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  • Au début était le Dédale…

     

    <pline></pline> <pline></pline> <pline></pline> <pline></pline>Ce réseau inextricable et mortel servira de modèle à Dédale pour édifier le labyrinthe de Crète qui restera le plus connu. Dédale, habile inventeur et maître en toutes sciences, édifiera ce piège redoutable pour enfermer le Minotaure.

    Ce monstre mythologique, moitié homme et moitié taureau, était le fruit des amoures de Pasiphaé (épouse de Minos) et d’un taureau blanc. Tous les 9 ans, les crètois alimentaient l’abominable créature avec 7 jeunes garçons et autant de jeunes filles, tous d’origine grecque et livrés en tribut de guerre. Lassé de cette terrible transaction, le prince grec Thésée détruira la sanguinaire créature.

    A cette fin, il s’introduira dans l’édifice et en ressortira grâce à un fil donné par Ariane, la fille même de Minos, sur les conseils de Dédale… Dès cet instant, nous observons toute la nuance entre ce qu’il est commun d’appeler un ‘dédale’ (lieu où l’on s’égare et se perd sans rémission ni espoir de sortir), et un ‘labyrinthe’ (autre lieu où l’on suit un trajet complexe avec un but et un retour assuré). 


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  • Ces tracés, aux circonvolutions infinies, se retrouvent partout sur le globe où nos ancêtres laissèrent la trace de leurs interrogations géométriques.

    Retenons, par exemple, plusieurs milliers de gravures labyrinthiques sur le seul site de la Cerra, au Mexique, remontant au néolithique… et de facture identique aux pétroglyphes de la ‘Vallée des Merveilles’ et de Sos.

    Encore, combien de mégalithes, particulièrement en Bretagne, s’ornent de cheminements sinueux dont on ignore toujours le sens final. D’autres réseaux labyrinthiques se retrouvent sur des landes, en Grande-Bretagne, et sur les vestiges d’anciennes citadelles celtes puis romaines.

    On prétend que ces vestiges seraient les restes de sortes de ‘parcours du combattant’ destinés aux antiques guerriers. Est-ce bien raisonnable? Nous retiendrons que ces périmètres mystérieux deviendront des zones de danses rituelles depuis des temps immémoriaux.

    Il en est de même pour des sites en Baltique où, de nos jours encore, se déroulent d’étranges ‘Trojaborgs’, sortes de danses symboliques autour de figures compliquées formées par de longs cordages. Souvenir ombilical, cheminement serpentaire, épreuve initiatique parsemée de nœuds énigmatiques à défaire et refaire… dont notre mémoire a perdu le sens primitif profond? Dans nos contrées méditerranéennes perdurent encore d’étranges danses, définies dans un périmètre méandreux, connues, sur l’île de Délos, sous le nom de ‘pas de grue’.

    Cette tradition commémorerait Thésée accomplissant un rite circumambulatoire pour célébrer sa victoire sur le Minotaure. Mais alors, comment expliquer, en Chine, un cérémoniel identique du nom de ‘pas du Yu’… ou ‘danse des oiseaux’ (dans ces 2 cas, afin d’appréhender tout le sens hermétique et symbolique de ces cérémonies, ne serait-il pas judicieux de comprendre leur langue… aux oiseaux ?).

    Mais, si ces tracés minutieux se trouvent sur la pierre, on en rencontre d’autres jusqu’au XVIe S., époque où naissent des ‘jardins-labyrinthes’, tels ceux du célèbre Le Nôtre, dont le plus connu est celui de Versailles, axé sur le thème des fables d’Esope réparti en 39 groupes statuaires au symbolisme déconcertant. Passion passagère et capricieuse d’un roi?  Pas certain, car à l’étude, on pourrait supposer que chaque site labyrinthique disposait d’un culte ‘serpentin’ chorégraphique précis lié au sens de la raison même de l’existence du lieu déambulatoire.


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