• La vierge noire et ses origines


    On les retrouve partout dans le monde, disséminées aux quatre coins du globe, et pourtant, similaires, elles auraient puisé leurs origines dans des cultes bien plus anciens que ceux auxquels elles sont attachées aujourd’hui. Révélation, principe du féminin supérieur, idoles ou mère de Dieu, elles représentent en tout les cas, un mystère.
    Voyons donc ou nous mènent les vierges noires, de leurs origines obscures aux chapelles sombres, leur vie s’est toujours déroulée « dans l’ombre »…

    Voici ce qu’Apulée, écrivain romain d’origine algérienne, nous écris à propos de la mère originelle, et des cultes qui lui sont reliés :
    « Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type uniforme des dieux et des déesses. C’est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l’océan, le silence lugubre des enfers. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, avec mille noms différents.
    Les Phrygiens, premiers nés sur terre, m’appellent la déesse mère de Pessinonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Cécropienne ; chez les habitants de l’île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois armés de l’arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine la Stygienne ; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès. Les uns m’appellent Junon, d’autres Bellone ; ceux-ci Hécate, ceux-là la déesse Ramonte. Mais ceux qui, les premiers, sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples d’Ethiopie, de l’Asie et les Egyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la reine Isis. »
    Apulée "Métamorphoses XI"

    Les origines

    Nombreux sont les travaux d’aujourd’hui qui confirment que non seulement les plus anciens homos sapiens sapiens sont d’origine africaine mais qu’en plus la plus vieille divinité connue est une femme et de surcroît, de couleur noire.

    Déesse noire et Mère primordiale

    C’est une réalité et cela déplaît à certains, machistes dans l’âme : « Dieu fut d’abord une femme ; Dieu fut d’abord déesse ». La répugnance des hommes, misogynes, à admettre la prédominance ancienne de la déesse mère est un fait historique relativement récent. La totalité du système de références philosophiques, religieuses et civiles de l’Occident actuel est patriarcale. Cependant, bien avant les religions « patriarcales » (le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam), la divinité unique était féminine. Le dieu sexué et masculin provient des religions de l’Orient (Textes babyloniens, Genèse, etc.) et est donc, bien plus récent… Même si Dieu est censé être une divinité ou un esprit par définition sans sexe, pas comme tous les grands Dieux Païens, il créa pourtant l’homme en premier, « à son image » dis t-on. Donc, une image primordialement masculine, si l’on en croit la Genèse.
    L’archéologie a révélée une multitude de figurines féminines issues des premiers temps de la préhistoire. Elles ont été qualifiées de « Vénus », comme celle très célèbre, de Brassempouy, ou de Willendorf .

    Ces femmes stéatopyges (aux fesses grasses et aux seins volumineux) sont en réalité la représentation de la Déesse originelle. La fertilité des femmes était aussi précieuse que celle de la terre pour la survie de ces sociétés, bien souvent nomades, et profitant de l’abondance de gibier et de semence trouvée au gré des chasses. Depuis le paléolithique, la fécondité de la femme à assuré l’équilibre de la vie matérielle, et c’est donc très naturellement que ces peuplades l’ont honorée.
    Jusqu’aux deux derniers millénaires avant notre ère, l’Europe et les pays de la Méditerranée orientale ont représenté leurs divinités sous forme féminine assez clairement sexuée pour évacuer toute ambiguïté. Avant les invasions des peuples Aryens, toute la population Méditerranéenne et toutes ses divinités étaient noires ! Il y a une subordination des Madones noires du Christianisme vis-à-vis de la Déesse originelle noire. Il existe également des pierres noires sacrées volcaniques associées à des déesses noires (Ibla Nera en Sicile et Cybèle en Anatolie).

    En Turquie, pays islamique, il y a un pèlerinage annuel pour la Madone noire d’Éphèse. (Profitons-en pour signaler des Madones noires dans des endroits qui pourraient étonner certains : comme à Cuba, la Virgen del Pino, dont je vous mettrais un chant d’action de grâce, si vous voulez, ou celle qui se trouve sur la Place Rouge en Russie ; chez les Olmèques ; mais également sur le territoire français, à Rocamadour, au Mont st Michel, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à Nuremberg etc.).

    De la Déesse Isis aux Madones noires

    Durant le millénaire qui précède notre ère et jusqu’aux cinq premiers siècles, la divinité majeure du monde méditerranéen était la Déesse ISIS (Asèt / Aséta), une déesse justement… noire. Isis fut vénérée sur une très vaste aire à la fin de l’Antiquité et au début du Christianisme. Cette « Mère noire » était appelée par de nombreux noms en dehors de l’Afrique, comme le souligne Apulée, Isis héritait de la longue tradition des sociétés matriarcales africaines.
    Isis, déesse africaine, avait des origines nubiennes. La Nubie est une région où la Civilisation a fleurit de nombreux siècles avant la construction des pyramides de l’Égypte antique (Kémèt). La Nubie donna la femme noire Isis à Kémèt et puis au reste du monde. Dans son sanctuaire à Philae en Egypte, Isis était noire. Métaphore de la Mère de l’humanité et précurseur des Madones noires.

    A partir du microcosme Vallée du Nil, le culte d’Isis deviendra véritablement « la première religion internationale et supranationale ». Philae deviendra une ville sainte pour les Africains, les Grecs, les Romains, et les nomades du désert. Le culte ancien de la Déesse de la fertilité, précédera le rôle du Christianisme et de l’Islam au Moyen-âge. L’image d’Isis la plus populaire à l’apogée de l’empire romain semble être celle d’Isis allaitant son fils, HORUS.

    Cette position de la déesse, son fils sur les genoux nous pousse à nous tourner vers les représentations chrétiennes de la vierge à l’enfant, Marie tenant toujours le Christ enfant dans ses bras, ou contre elle, rappelant l’antique pose de la déesse de la fertilité… Comme quoi, nos bons sculpteurs chrétiens n’ont rien inventé, ils sont allés puiser dans un imaginaire collectif une représentation universelle de la déesse, dans laquelle tous se reconnaissent.

    Avec l’hellénisation, Isis devient la « Grande » mère (de la Méditerranée). Son compagnon, OSIRIS (Ousir / Ousiré), devient Zeus, Pluton, ou Dionysos selon les cultes et les cultures que la Déesse traverse de son ombre. Dans tout le monde connu et aux premiers siècles de l’ère chrétienne, les esclaves et les femmes nobles vénéraient l’africaine Isis comme une divinité qui prévalait à travers la force de l’amour, la pitié, la compassion, et son intérêt personnel pour les chagrins. Avant que le Christianisme le fasse, la religion d’Isis promettait la vie après la mort terrestre. Des temples d’Isis avaient été fondés à travers l’empire romain ; en Gaule, Portugal, Espagne, Bretagne, Germanie, Italie, particulièrement aux endroits qui deviendront plus tard des sanctuaires de Madones noires.

    Une caractéristique significative d’Isis, plus tard associé à la madone chrétienne, était sa compassion de mère. L’eau a toujours été associé à Isis, elle renfermait une qualité sacrée liée à la fertilité, aux crues du Nil qui en fertilisent les berges et crée de la vie, et c’est elle enfin qui cherchera à travers les marécages du delta du Nil, les morceaux tranchés de son mari pour lui redonner la vie, l’aider à renaître. Dans sa représentation (600 av. J.-C.) visible au Musée du Caire (ci dessus), Isis apparaît comme une mère nourrice, qui porte des ressemblances frappantes avec les images (icônes, statuettes, etc.) des Madones-nourrices du Christianisme primitif. N’oublions pas que la vénération d’Isis, de son époux Osiris et de son fils Horus, a persisté dans toutes les dynasties pharaoniques. Isis avait donc plus de 3000 ans d’histoire lorsque son culte se propagea de Méroé et d’Alexandrie vers tout le bassin méditerranéen.

    La Trinité « Isis / Osiris / Horus » (que l’on a là aussi, déjà rencontrée dans notre quête) deviendra dans le Christianisme populaire « Marie / Joseph / Jésus » qui diffère de la Trinité du Canon chrétien : « Le Père / Le Fils / Le Saint Esprit » (disparition de l’élément féminin dû au Patriarcat et à la suprématie militaire des leucodermes. En Afrique à Memphis (Mèn-Néfèr), les hymnes célébraient Isis comme civilisatrice, divinité universelle qui avait supprimé le cannibalisme, institué les lois et les principes divins, et avait inventé l’agriculture, les arts et les lettres, les coutumes divines, et la justice. Isis, la grande Magicienne, était Maîtresse de la Médecine, guérisseuse des maladies humaines, souveraine des continents et des océans, protectrice contre les périls pendant la navigation et les batailles. Isis était la divinité du Salut par excellence. Nous retrouvons toutes ces qualités chez les Madones et Vierges noires.

    Une grande spécialiste des religions, Lucia Chiavola Birnbaum, pense que la plus ancienne image de la madone de la Chrétienté se trouve en Sicile. Il s’agirait de la Madone noire dell’Adonaï (La Madone noire de Adonaï). Pour elle, le plus vieux sanctuaire de Marie (mère de Jésus) se situerait donc en Sicile. Un autre chercheur s’oriente plutôt en Italie (La Basilique Sainte Marie Majeure).

    Le chercheur Jean-Pierre Bayard parle de « Vierges noires » remontant en France à l’époque de Clovis, mais aussi la vierge noire de Candelaria, protectrice des îles Canaries qui serait arrivée « par la mer », aux autochtones d’alors, baptisés par les colons espagnols « Guanches », qui lui vouaient un culte sans borne, bien avant l’arrivée des Espagnols sur ces îles. Egalement, on peut supposer la présence de l’une de ces statues autrefois sur l’île de la cité, certainement ancien lieu de culte de la déesse, qui, dit-on aurait laissée alors son nom à notre capitale… Par Isis, Parisis, Paris…
    Ont peut retrouver chez ces madones certains attributs des déesses et reines de l’Égypte antique (par exemple la fleur, notamment de lys chez nos vierges chrétiennes), alors que l’enfant Jésus (aux traits d’adulte) porte le sceptre, attribut du Pharaon.

    Nous pouvons donc en conclure que si Apulée n’avait pas vécu au IIème siècle avant notre ère, il aurait pu rajouter à sa longue liste "et les chrétiens me nomment la Vierge Marie..."


  • Commentaires

    1
    claudio
    Mardi 3 Septembre 2013 à 14:53
    Je suis assez surpris par ces raccourcis vertigineux entre la "déesse mère" invention d'archéologue, car il n'y a aucun texte en support, ni aucune preuve que ces statues étaient de qu'on appele de nos jours "déesses", et une divinté crhétienne fondée sur un récit appelé "Nouveau Testament" , Ayant vu plusieurs vierge noires je me suis souvent demandé si ce n'était pas tout simplement le pigment des carnations colorées des vierges orfèvrées qui avait tourné au noir ? En vériT, pourquoi avoir représenté la Vierge à l'identique des premiers hommes de couleur qu'on exhibait dans les foires ?
    2
    Feerrinta
    Dimanche 14 Août 2016 à 11:17
    Chasse le naturel et il revient galop. La nature, ses matériaux et éléments le rappellent bien que nombreux imbéciles sont atteints de déni incurable
    3
    ISIS
    Lundi 4 Novembre 2019 à 15:01

    "BONJOUR.JE SUIS L’ÂME DE LA TERRE. JE SUIS LA TERRE MÈRE NOURRICIERE. JE SUIS LA CONSCIENCE PRIMORDIALE. JE SUIS NOIRE. JE SUIS ISIS:JE SUIS LA LUMIÈRE. JE SUIS VIVANTE. JE PARLE ET JE DIS:JE VOUS AIME."   

    4
    Dordjé
    Lundi 28 Septembre à 11:04

    ces hypotheses sur la VN sont passionnantes.

    Dommage que certains jettent des insultes Restons aimables svp

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