• Saint suaire : la science aveuglée par la passion


    Le Saint suaire, supposé avoir enveloppé le corps de Jésus-Christ, a été daté au carbone 14, en 1988. Il s'est alors avéré avoir moins de 800 ans. Cependant des scientifiques continuent de défendre son authenticité, "travaux à l'appui".

    Le coup porté au côté droit
    Mesurant 1,10 m sur 4,36 m, le linceul de Turin (il est conservé dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de cette ville d’Italie) contient les traces d'un corps d'homme, barbu aux cheveux longs, semblant présenter des blessures "qui évoquent les marques d'un crucifié". Certains essaient d'expliquer pourquoi le coup censé avoir tué le Messie a été porté au côté droit, en utilisant une démarche fort peu scientifique et qui "suppose une foi pour le moins aveugle dans l'authenticité de la relique".

    Une nouvelle méthode de datation
    Le Cielt, Centre international d'étude sur le linceul de Turin, a publié, une étude qui, en se basant sur une nouvelle méthode de datation, remet en cause l'âge officiel (800 ans) de la relique qui a été déterminé en 1988 par 3 laboratoires indépendants. Pour ce faire, Raymond Rogers "a comparé le taux de vanilline, un composé chimique présent dans la lignine des fibres de lin, d'une pièce de toile découpée pour la datation de 1988 avec celui de la matière prélevée à l'aide d'adhésifs sur d'autres parties du drap." Il en résulterait que le taux de vanilline sur certaines parties du linceul conduirait à une ancienneté de deux millénaires.
    Le physicien Patrick Berger, membre du Cerclé Zététique considère que Roger "ne fournit pas dans son article les données sources de sa méthode et son degré d'incertitude. Il se réfère aux travaux d'un de ses collègues, Stanley Kosiewicz, sans citer aucune publication. Il compare des prélèvements à des échantillons, donc à des matériaux de nature différente. Et puis, ses équations sont truffées de coquilles". Les chercheurs du Centre de datation sont encore plus sévères. Les datations de 1988 sont tout à fait recevables. Ces méthodes ont "largement fait leurs preuves en archéologie".

    L’enrichissement isotopique
    Quant à l'argument d'un enrichissement isotopique qui aurait "rajeuni" le linceul, il n'est pas normalement observable dans la nature et dire qu'il résulterait de la désintégration d'atomes de deutérium au moment de la résurrection cela relève de l'acte de foi.
    Ce n'est pas non plus l'incendie de 1532 qui a failli détruire le Saint suaire qui aurait pu fausser la datation, car la chaleur ne change pas la répartition isotopique du carbone.

    Le complot
    Autre argument des partisans de l'authenticité : le complot. On aurait substitué des échantillons ou prélevé sur des pièces raccommodées ! Cette hypothèse impliquerait la complicité d'au moins une douzaine de personnes, venant d'horizons différents, dont un cardinal et quatre prêtres. Quant au choix de l'emplacement de l'échantillon, il s'est fait en présence de deux spécialistes des textiles anciens. Il n'y a donc "aucune nouvelle pièce à verser au dossier de la datation de 1988 et, de ce fait aucune raison valable de le remettre en cause."

    Le pollen
    En 1973, Max Frei affirma avoir étudié du pollen prélevé sur le linceul. Les essences végétales dont proviendrait ce pollen prouveraient, selon lui, le voyage du Saint suaire de Jérusalem à Turin via Edesse, Constantinople, Athènes. Des spécialistes des pollens ont indiqué "qu'il était presque impossible de préciser l'espèce végétale à partir de son pollen", il faut alors se contenter du genre. En outre, Max Frei admit que les photos de pollen vu au microscope qu’il a présentées étaient des photos de référence.

    Le négatif photographique
    Un autre argument des défenseurs de l'authenticité du Saint suaire est que le linceul constitue en quelque sorte un "négatif photographique"; et donc que si c’étaient des faussaires qui l'avaient réalisé, ils auraient devancé de plusieurs siècles l'invention de la photographie. En fait, le négatif du Saint suaire ne correspond pas exactement à ce que l'on pourrait attendre (plaies, cheveux, barbe, sourcils apparaissant en blanc). D'autre part, "le principe du négatif était connu des hommes préhistoriques qui dessinaient leurs mains au pochoir sur les parois des grottes". Par ailleurs, le Dr di Costanzo de l'Université de Marseille a réussi à fabriquer, pour le compte de Science & Vie, l'équivalent du suaire à l'aide d'oxyde ferrique, "une méthode simple qui aurait pu être employée au Moyen Age". Le "miracle technique" n'en est donc pas un !

    L’image tridimensionnelle
    Autre argument en faveur de l'authenticité du suaire, celui de la nature tridimensionnelle de l'image. Une étude réalisée en 1984 par des chercheurs américains avec un analyseur d'images montre effectivement un "corps en relief évoquant celui du Christ". Pour Henri Broch, professeur de physique et de zététique à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, "en fait, leur analyseur d'image leur a fourni un bas-relief auquel il a bien fallu donner un peu d'épaisseur ! C'est du bidouillage de données..."

    Les traces d’écriture
    D'autres encore prétendent avoir décelé des traces d'écritures autour du visage où l'on distinguerait des mots pouvant former "condamné à mort", le "Nazaréen", "Jésus". Mais l'auteur de ces observations, dans une publication scientifique est "beaucoup plus prudent dans ses conclusions" que lorsqu'il s'adresse au grand public.

    La présence d'éléments sanguins
    Différentes analyses sur les "coulées brunâtres" auraient révélé la présence d'éléments sanguins. Cependant, si ces travaux ont été validés, leur interprétation est contestable. "Aucun d'entre eux n'apporte la preuve décisive de la présence de sang sur le linge". Entre temps, un chimiste, Walter McCrone, a découvert que les fibres colorées contenaient "des particules d'oxyde de fer, autrement dit de l'ocre rouge, mais aussi des traces d'un autre colorant, le rouge de garance. Les épanchements bruns contenaient du vermillon ou sulfure de mercure, un autre pigment utilisé notamment par les peintres médiévaux."

    Le verdict de l’Eglise
    Au Moyen Age, le culte des reliques était très répandu et lucratif... Pierre d'Arcis, un évêque de Troyes (le Saint suaire est apparu à Lirey), en 1377, raconte dans un mémoire la façon dont son prédécesseur "découvrit la fraude et la façon dont ce fameux linge avait été peint par un procédé artistique, il fut prouvé, par l'artiste qui l'a peint, que c'était une oeuvre due à la main de l'homme et non miraculeusement confectionnée ou octroyée". Devant le refus des chanoines de se défaire du linceul, le pape Clément VII donna raison à l'évêque, mais autorisa la "présentation", "à condition que les fidèles soient renseignés sur sa vraie nature". L'historien, Paul-Eric Blanrue estime que "la collégiale de Lirey se serait inspiré de la renommée du saint Suaire de Rome [le voile de Véronique] pour lancer son propre pèlerinage".

    ... et autres arguments
    Cependant les sindonologues (les partisans de l'authenticité du Suaire) n'acceptent pas pour autant les verdicts de la science. Ils ont d'autres arguments en réserve : absence de traces de pinceau, traces de blessure au niveau du poignet plus propice à la crucifixion que la paume de la main, traces de fouet sur le dos, de la couronne d'épines. A chaque fois les scientifiques apportent des réponses. Au bout du compte "l'image du crucifié est trop parfaite pour être vraie".

    Conclusion
    Rarement un objet aura suscité autant l’intérêt de la science, et malheureusement les études les plus "contestables" sont les plus médiatisées et leur conclusion en faveur de l'authenticité du Saint suaire deviennent des dogmes. Les interprétations fondamentalistes des évangiles prennent le pas sur les compétences scientifiques : "il n'est visiblement pas facile de placer sa spécialité scientifique au-dessus de sa croyance."


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