• Selon l'hindouisme donc, lâkâsha est le premier élément constitutif de l'univers, le plus subtil, qui serait omniprésent, remplirait tout, pénétrant le monde visible et invisible tout en étant le support de la vie, en analogie avec le son.

    La littérature hindoue représente souvent lâkâsha ou éther primordial par l'espace sans fin, illimité, une notion qui, bien sûr, dépasse l'entendement. D'ailleurs, pour les Hindous toujours, lâkâsha ne peut être ni défini ni décrit. Si les 4 éléments que sont l'air, le feu, l'eau et la terre sont aisément identifiables dans la nature, et président à toutes les manifestations de la vie sur Terre, lâkâsha ou éther primordial, quant à lui, est perçu comme en étant le réceptacle, mais il ne peut être physiquement reconnu, car il est par essence le vide qui remplit tout, mais sans lequel la vie ne pourrait ni prendre forme ni exister.

    Comme on le voit, c'est un concept très difficile à décrire d'une manière rationnelle. Il nous oblige à infliger une gymnastique audacieuse à notre esprit, pour nous induire à percevoir une réalité plus vaste que celle, sécurisante et réconfortante, il est vrai, à laquelle nous sommes habitués, où tout semble prévu et organisé, mais qui, si nous n'y prenons garde, peut aussi se révéler sclérosante.


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  • Elargis ton coeur
    Ouvre tes frontières
    A d'autres racines,
    A d'autres couleurs,
    Elargis ton coeur
    Agrandis la terre,
    Et tu auras trouvé
    La joie de partager,
    Elargis ton coeur,
    Elargis ton coeur !

    L'avenir ouvre ses bras
    Au métissage
    Il saura mélanger
    Les hommes et les idées,
    L'avenir fera chanter
    Nos différences
    Comme des symphonies
    Aux milliers d'harmonies !

    Des migrants de tous pays
    Frappent à nos portes,
    Ils n'ont qu'un désir :
    Leur vie à rétablir !
    Avec eux nous deviendrons
    Un nouveau peuple
    Faiseur de lendemains
    Plus justes et plus humains.

    Elargis ton coeur
    Ouvre tes frontières
    A d'autres racines,
    A d'autres couleurs,
    Elargis ton coeur
    Agrandis la terre,
    Et tu auras trouvé
    La joie de partager,
    Elargis ton coeur,
    Elargis ton coeur !


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  • Le I Ching est une philosophie, un guide de vie pratique du type « Imitation de Jesus-Christ » et aussi un processus divinatoire. Base du taoïsme et source d’inspiration du bouddhisme chinois, le I Ching (Yi-King) est un ouvrage dont les origines se perdent dans la nuit des temps.

    Quand en Chine on brûla tous les livres, seul le I Ching fut épargné. On ne connaît pas la Chine, si on ne connaît pas le I Ching. Seuls la Bible, le Coran ou les Védas peuvent prétendre à une influence culturelle comparable à la sienne.

    Certains font remonter les origines du I Ching au roi Fou-Hi, un personnage légendaire dont on ne peut confirmer avec certitude l’existence. De façon générale, on pense que le I Ching, tel que nous le connaissons aujourd’hui, a été entrepris par le roi Wen il y a de cela plus de 3 000 ans. Plus tard, des auteurs plus « récents » - comme Confucius - s’en sont inspirés et y ont largement contribué, écrivant les textes d’interprétation qu’on utilise encore essentiellement aujourd’hui. On ne parle pas du succès littéraire de l’an dernier... !

    Le I Ching été introduit en Occident, en 1697, par le mathématicien et philosophe allemand Gottfried W. Leibnitz, qui l’avait découvert au hasard d’une correspondance avec Joachim Bouvet, missionnaire jésuite en Chine. C’est avec le I Ching que l’Europe a alors pris contact avec cette arithmétique binaire qui est aujourd’hui le langage des ordinateurs modernes. Carl G. Jung a dit du I Ching qu’il était « Le livre le plus profond qu’ait produit l’Orient ». Il y aurait beaucoup à dire sur le I Ching. Ici, nous parlerons seulement de divination.

    Il y a des millénaires qu’en Chine et au Japon, on se sert du I Ching pour tout : se marier, faire la guerre, trouver un sens à sa vie. Comment connaître l’avenir grâce au I Ching ? Le consultant doit penser à une question, puis manipuler des baguettes ou des pièces de monnaie. Prenons les pièces, c’est plus simple. Le tirage à l’aveugle de trois pièces de monnaie peut avoir 4 résultats. Répétez l’opération 6 fois et vous obtenez l’un de 4 096 résultats possibles. À chacun de ces résultats est associé traditionnellement un de ces textes de Fou-Hi, de Wen, de Confucius... présumés apporter la réponse à la question. Simple.

    Bien gentil direz-vous, mais bien vieillot tout ça... et totalement irrationnel. Sauf que l’homme d’affaires japonais en costume sombre qui déjeune au Maxim’s de Tokyo ne fait pas vieillot, quand il triture quelques piécettes et les dépose à côté de son sashimi en ne leur accordant apparemment qu’une attention distraite. Il sait ce qu’il fait et l’on sait ce qu’il fait. Il consulte le I Ching... et il va suivre le conseil du I Ching.

    Il ne se croit pas irrationnel, juste bien au courant des avancées de la science moderne. Il y a une cinquantaine d’années, le célèbre chirurgien et neurologue Wilder Penfield - le même qui fut appelé au chevet de Mao-Tsé-Tung - a découvert par hasard, en opérant sur le cerveau à nu, que celui-ci, correctement stimulé, pouvait revivre des épisodes du passé dans leurs moindres détails. On a évidemment poursuivi la recherche et l’on en est venu à penser que l’inconscient accumule des renseignements sur toutes les expériences de notre vie, même celles que notre conscient s’est empressé d’oublier. On tend aujourd’hui à accepter que notre inconscient constitue une énorme base de données.

    Je ne considère pas cette hypothèse comme prouvée, mais elle a ici le mérite de fournir une assise rationnelle au I Ching. Pourquoi ? Parce que si toutes nos expériences passées sont enregistrées, il est clair qu’avoir accès à toute cette expérience - et non seulement au 1 % dont notre conscient s’est limité à se souvenir - permettrait de prévoir avec énormément plus d’habileté et de sagacité le déroulement probable des événements à partir de ce que le présent nous montre. Si le I Ching nous donnait la clé de cette banque de données, il ne prédirait pas l’avenir, ce qui est absurde, mais nous permettrait de mieux le prévoir... tellement mieux que la démarche paraîtrait magique.

    Or il y a de bonnes raisons de croire qu’il est possible d’obtenir cet accès. Avec les récentes découvertes de la programmation neurolinguistique (PNL), on a appris à quel point notre inconscient “veut” nous transmettre de l’information. Il le fait par des « actes manqués » - Freud nous l’avait déjà dit - et de mille autres façons, parfois même en nous affligeant de malaises ou de tics nerveux. Il peut le faire à tout moment, si on lui en donne la chance en posant des gestes que notre conscient ne contrôle pas : des gestes au hasard... ou qu’on peut croire posés par hasard.

    Lorsqu’on pose un geste aléatoire, notre inconscient qui veut babiller s’engouffre dans la brèche et ce n’est pas vraiment le hasard, mais notre inconscient qui choisit le geste posé. Tous les tests psychologiques de libre association tiennent désormais ceci pour avéré.

    C’est cette propension de l’inconscient que le I Ching met à profit en proposant au consultant un tirage aléatoire de pièces de monnaie.

    On trouve au livre du I Ching 4096 textes correspondant à autant de résultats possibles du tirage. L’hypothèse avancée est que les gestes du consultant sont guidés par son inconscient et conduisent au choix de cette « réponse » sur 4 096 qui colle le mieux à la question posée. Invraisemblable ? Disons que Penfield, la PNL et les autres méthodes de la psychologie moderne ne le prouvent pas - ni donc que le I Ching transmette une information valable - mais qu’une brèche est ouverte : il n’est pas IMPOSSIBLE qu’il le fasse. On sort de l’absurde pour entrer dans l’inexpliqué, une classe où le I Ching n’a pas à se sentir isolé.

    La structure des textes, conçus par des penseurs chinois vivant au temps d’Abraham, provoque l’admiration, mais la crédibilité du consultant n’en reste pas moins soumise à rude épreuve. Extraordinaire structure, mais nous n’avons aucune raison de croire que les éléments de cet ensemble puissent être appliqués sur le déroulement des faits dans la réalité, pas plus que la valeur littéraire de l’Énéide n’en fait une bonne source de renseignements sur la fondation de Rome.

    Pourquoi croire que l’information qu’on obtient du I Ching puisse être vraiment une lecture des données de l’inconscient et puisse donc nous aider à prendre de meilleures décisions ?

    Parce que ça marche. La grande majorité des gens qui consultent le I Ching en tirent des renseignements qu’ils jugent pertinents. Bien sûr, on pourrait en dire autant des résultats obtenus avec l’astrologie, la numérologie et que sais-je : l’être humain veut croire. Mais, pour ceux qui consultent le I Ching, la différence est indiscutable et j’ai été moi-même abasourdi par les réponses. Empiriquement, il semble bien que le I Ching renseigne correctement.

    Si c’est bien le cas, il faut supposer que les auteurs du I Ching ont non seulement compris le rôle de l’inconscient, mais ont aussi découvert comment utiliser les données qu’on peut en tirer pour analyser l’évolution d’une situation. Il faut admettre que des Chinois vivant avant Ramses II ont élaboré une méthode pour poser des questions dans un langage que l’inconscient comprend... et un langage pour décoder la réponse obtenue et la rendre intelligible au conscient. Bien difficile à croire...


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  • Un démon est un esprit, généralement mauvais, qui peut manipuler les sentiments ou le comportement des êtres vivants.

    Civilisations primitives

    Dans les anciennes croyances, les démons sont des esprits « malins », c'est-à-dire qui agissent avec malignité, dans le but de nuire. Ce sont des forces obscures, des puissances secrètes et personnifiées que l'iconographie représente en général de la façon la plus immédiatement compréhensible par l'imagination populaire dans une culture donnée.

    Mésopotamie

    La variété presque infinie des démons en Mésopotamie est à la mesure de l'imaginaire local. Les créatures démoniaques, agents ou simples vecteurs du Mal ont souvent été créés par les dieux, voire sont issus d'eux, en particulier du couple An (Le Ciel) et Ki ( la Terre ), ce qui souligne leur proximité avec les forces élémentaires. Certains sont à mi-chemin entre les génies malfaisants et de véritables divinités comme Lamastu, fille d'Anu, Pazuzu, fils du dieu infernal Hanbu, Sulak ou encore Namtar, autre personnage divin des Enfers, fils d'Enlil. D'abord conçus comme les exécuteurs des châtiments décrétés par les dieux, qui se manifestent souvent par des atteintes physiques, les démons deviennent au 1er millénaire des entités maléfiques pratiquement autonomes émanant du monde infernal où ils cherchent à entraîner leurs victimes. La "possession démoniaque" entraîne des maux physiques et moraux qui excluent de la société humaine ceux qui en sont atteints. Les démons touchent leur victime par contact ou par une véritable "saisie" et sont souvent évoqués sous la forme d'un souffle ou d'un venin; ils sont invisibles mais parfois entourés d'un halo. Leur corps est sale, impur et répand de mauvaises odeurs. Ils se glissent sans être vus dans les habitations et presque aucun obstacle matériel ne peut les arrêter. Tous les démons voient leur pouvoir néfastes particulièrement renforcés dans les lieux et les moments les moins bien contrôlés par l'homme: désert, ruines, endroits obscurs en général, nuit. Ainsi le démon allulaya, la courtilière, agresse sur la route le voyageur nocturne. Certains démons sont pourvus d'une véritable personnalité, mais la majorité sont plutôt des désignations génériques et oeuvrent par groupe de sept (heptade). Une catégorie particulière est représentée par les Etemmu (sumérien GIDIM), les spectres. Il s'agit d'humains ayant connu une mort violente ou souffert d'un défaut de rite funéraire, qui peuvent remonter des Enfers pour tourmenter les vivants. Ils s'introduisent par l'oreille et provoquent des désordres mentaux. On lutte contre leur atteinte appelée la "main de spectre" (qât etemmi) par des rituels et des pratiques magiques. Il est par ailleurs peu recommandé d'évoquer les Etemmu pour pratiquer la nécromancie, car ils se retournent souvent contre ceux qui les ont appelés. Les démons Alû sont assez souvent rendus responsables des troubles du sommeil: les mauvais rêves, l'insomnie, mais aussi son opposée, la somnolence perpétuelle appelée la "la main du démon Alû". On trouve également les Kûbu, fantômes des foetus morts avant terme, et, par opposition au "dieu protecteur" qui accompagne chaque individu, un "mauvais démon personnel", qui attaque les gens en s'attachant à eux individuellement. Certains démons sont enfin simplement la personnification de maladies comme l'épilepsie (Bennu), le mal de tête (Di'u) ou de mauvaises influences (le "mauvais oeil").

    Antiquité

    Les démons tels qu'ils apparaissent dans la littérature grecque depuis Hésiode sont des êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, personnifiant tantôt les vertus morales, tantôt les forces de la nature. Ils aident les dieux à organiser le monde et à faire respecter l'ordre moral. Le mot sert aussi bien à désigner l'être responsable de la destinée d'un être humain, que le génie spécifique d'une cité, d'un lieu, ou d'une famille. Il correspond au genius des latins. Ainsi, Socrate, selon Le Banquet de Platon, considérait être inspiré par un démon particulier.

    Christianisme

    Les ecclésiastiques lui ont donné le sens d'ange déchu, d'esprit du mal ou de diable.

    Finalement, il n'y a guère de différence entre le « daïmon » d'un individu et son ange tutélaire. Les gnostiques distinguaient deux catégories de démons : les agatho-démons, des esprits bienfaisants, et les caco-démons, les esprits malfaisants. Pour certains gnostiques et kabbalistes chaque homme aurait même un bon et un mauvais démon qui l'accompagneraient durant toute son existence.

    Le christianisme antique et médiéval les présente comme invisibles, mais certains hommes d'Église et saints sont supposés en avoir vu (saint Venant, Guibert de Nogent, Raoul Glaber), ou avoir lutté avec eux (le saint Curé d'Ars). Des conciles, comme celui de Braga, ont traité des démons. Leur prince est Belzébuth, lieutenant de Satan, parfois représenté dans l'iconographie par des artistes avec divers attributs effrayants : couronne de feu, ailes de chauve-souris, cornes, pattes de bouc et queue de lion.

    D'après le «,mythe de la Chute des anges rebelles,», les démons passent pour être les anges rebelles, soit les créatures jadis célestes qui furent partisanes de Lucifer pendant la lutte de ce dernier contre son homologue saint Michel – lutte à l'issue de laquelle Lucifer et ses anges ont été vaincus et ont chuté en enfer. Dans la théologie catholique, les démons sont avant tout des esprits fait par Dieu pour être des anges, mais qui se sont détournés de leur Créateur à la suite de Lucifer (le porteur de lumière), sans doute pour devenir eux-même objet d'adoration.

    Une « science » porte sur eux : la démonologie, qui tient lieu d'équivalent infernal de l'angéologie. Mais la démonologie prétend élargir son champ d'étude à l'univers des sciences « maudites », occultes.
    Catégories de démons

    Certaines mythologies établissent des distinctions entre différentes sortes de démons.

    Mythologie chrétienne

    * Les succubes sont des démons femelles venant séduire les hommes dans leur sommeil pour s'unir charnellement à eux. Selon la kabbale, Lilith est leur reine ; première femme d'Adam, elle aurait eu des enfants de lui, bien qu'étant supposée avoir refusé les rapports sexuels classifiés par le terme "position du missionnaire". Elle avait autour d'elle 180 000 succubes.
    * Les incubes sont des démons mâles venant séduire les femmes dans leur sommeil pour s'unir charnellement à elles. Merlin était, selon une légende chrétienne, fils du Diable.
    * Les princes de l'enfer sont les démons supérieurs, les diables. Il en existe quatre :
    o Satan représente l'opposition à Dieu. Il est symbolisé par le feu et le sud.
    o Lucifer (« porteur de lumière », en latin) représente le désir de connaissance. Il est symbolisé par l'air, l'étoile du matin et l'est.
    o Bélial (« seigneur du vent », en hébreu), représente l'indépendance. Il est symbolisé par la terre et le nord.
    o Léviathan est le serpent des profondeurs. Il est symbolisé par l'eau et l'ouest.


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  • La croyance aux esprits, c'est-à-dire les spectres des morts, est universelle. Dans les sociétés archaïques et beaucoup de civilisations historiques, ces esprits évoluaient dans une grande familiarité avec les vivants. Les grandes religions et des grands dieux les ont relégués au second plan. Le rationalisme les a niés. Depuis le milieu du xixe siècle, ils sont revenus dans le monde moderne : en Angleterre avec le phénomène des maisons hantées ; puis en France et ailleurs avec le spiritisme et les médiums communiquant avec les esprits des morts.
    Selon la croyance aux esprits, ceux-ci se détachent des cadavres et existent dans une sphère propre, une noosphère, pour revenir quand on les invoque. On peut penser, et c'est mon cas, que la puissance du cerveau humain est capable de régénérer une personne qui a disparu, de la rendre concrètement présente comme dans le rêve, et je crois qu'en vertu de cette capacité régénératrice, une communauté d'individus animés par une foi, par une croyance, peut rendre présent l'esprit d'une personne morte qui se manifeste alors « objectivement » et délivre des messages. C'est une réalité effectivement objective, bien qu'elle soit produite par nos subjectivités. Sans nous, les esprits ne se manifesteraient pas et je crois qu'ils n'existeraient pas.
    La présence d'esprits divinisés, ou génies, se manifeste avec les orishas du candomblé brésilien, dieux africains intégrés dans le culte chrétien. Convoqués au cours de cérémonies, ils s'emparent d'un fidèle, l'habitent, parlent à travers sa voix. L'existence des orishas est objective. Mais elle est objective à partir de communautés animées d'une foi subjective.
    Les grands dieux ont, eux aussi, une existence objective à travers la foi collective d'un peuple. Leur puissance est telle qu'ils sont capables de demander aux humains les vénérant de mourir ou de tuer pour eux. C'est-à-dire que nous sommes capables, par nos esprits conjugués, de créer des êtres supérieurs, divins, qui deviennent nos maîtres - bien que nous en soyons les créateurs. Ils sont autoritaires, exigent de nous des hommages incessants, des louanges, de la vénération et en échange, nous nous permettons de leur demander des services.
    Les fidèles croient absolument en l'existence de leur Dieu - et nient celle des dieux des autres religions. Les sceptiques nient l'existence de tous les dieux. Je suis personnellement convaincu de l'existence de tous les dieux auxquels la foi à donné leur substance. Je suis convaincu que ces dieux existeront tant que des humains croiront en eux. Mais je pense que si l'humanité disparaît, les pauvres dieux mourront, comme nous. De la même manière, je suis frappé par les visions des mystiques : les trois petits bergers qui ont vu la Vierge de Fatima, l'émouvante sœur Faustine, la religieuse polonaise qui conversait avec le Christ et la Vierge, Sabbataï Zevi, ce messie juif du XVIIe siècle qui voyait réellement des kyrielles d'anges. Je suis fasciné par le pouvoir extraordinaire de l'esprit humain qui se manifeste ainsi, en créant des entités divines prodigieuses qui, dans des visions hallucinatoires, vont se manifester concrètement.
    Par ailleurs, à toutes ces croyances vécues dans les esprits, dans les génies, dans les dieux, j'ajouterais l'expérience moderne qui a remplacé les Dieux par des Idées-Maîtresses. Beaucoup de ceux qui ont cru se libérer des Dieux sont devenus esclaves d'Idées, à la fois adorées et implacables. Nous avons donné une puissance quasi divine à nos mythes idéologiques. Nous avons été capables de mourir et de tuer pour le communisme, et nous saurons l'être pour la liberté et la fraternité. Soyons fidèles à nos idées, mais ne nous laissons pas dévorer par elles. Restons conscients de la force inouïe dont nous dotons des abstractions. Ayons avec elles un commerce qui soit en même temps de foi et de doute. C'est le principe de Pascal et le tourment de Dostoïevski : il faut maintenir le doute dans la foi, mais aussi savoir sauver la foi dans le doute.

    Edgar Morin est philosophe, sociologue et anthropologue. Son œuvre est considérable.


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