• "Il n'y a pas de religieux sans sacrifice". F.Schwarz

    "La foi sans œuvre est morte". Devise de Toulouse

     

    Si, au début de ce siècle, nos grands-parents se sacrifiaient pour la France, nos parents n'ont consenti à le faire que pour leurs enfants, et aujourd'hui, on ne sacrifie plus guère qu'à la mode ou au plaisir. Cette dévalorisation graduelle de l'esprit de sacrifice s'explique par l'installation, après guerre, d'une mentalité qui peut se résumer assez simplement : "la vie à n'importe quel prix" ou encore "tout sauf la mort". Aussi la notion traditionnelle de sacrifice, fortement attachée à l'idée de la mort, est-elle aujourd'hui perçue comme une pratique barbare, témoignage qui nous a paru probant de l'arriération mentale des peuples qui nous ont précédés.

     

    Le sacrifice, source d'union avec le divin

     

    Pourtant la pratique sacrificielle est reconnue par les spécialistes comme la pierre angulaire des religions anciennes. Et même si le christianisme a aboli en Occident le rite du sacrifice, il l'a fait au nom même du sacrifice du Christ. Et ne préconisait-on pas le martyr comme idéal religieux aux premiers âges de l'Eglise ? C'est seulement avec l'apparition de la Modernité et du refus de la mort, à partir du XIe siècle de notre ère, que cette notion de sacrifice va progressivement s'estomper et prendre des acceptations de plus en plus floues.

     

    Or, la reconquête du Sacré passe obligatoirement par la compréhension intérieure du sacrifice. Pourquoi? Parce qu'aussi bien étymologiquement que pratiquement, le sacrifice (du latin : rendre sacré) se définit avant tout comme l'action dans le Sacré : celle qui nous permet de nous relier avec la divinité. Pour retrouver son sens symbolique intemporel, donc lui redonner une actualité, un style adapté à notre époque, il peut être intéressant de se relier à la tradition, d'interroger le passé, de retrouver l'unité de langage derrière la diversité des expressions. Mais la résurrection de notions comme le Sacré, la religion ou le symbole, ne doit pas seulement permettre de mieux les comprendre, mais surtout de mieux les vivre : c'est pour cela que l'on parle d'activité symbolique et de spiritualité vivante.

     

    Le sacrifice travers l'histoire

     

    Une étude historique du sacrifice permet d'en proposer une typologie qui met en lumière, d'une part, sa relation étroite avec la religion et, d'autre part, sous ses différents aspects, son principe fondateur unique.

     

    Tout d'abord, il est important de noter que religion et sacrifice sont deux aspects indissociables de la notion de Sacré. Si la religion incarne l'idée du lien collectif avec le Sacré, le sacrifice représente, lui, sa manifestation active.

     

    Ressentant l'importance du phénomène sacrificiel, de nombreux auteurs ont tenté d'en construire un modèle général, qui était cependant le reflet de leur propre culture, étendu ensuite arbitrairement à toutes les civilisations - ceci aboutissant à une vérité partielle, selon leur mode d'investigation. Ce fut la voie empruntée par Durkheim, Hubert et Mauss et plus récemment par René Girard. En réaction à cela, virent le jour des études plus spécialisées, limitées dans le temps et dans l'espace ; mais leurs brillants résultats souffrent de leur caractère volontairement fragmentaire. Néanmoins, une étude qui s'appuie sur les découvertes de l'archéologie et de la philologie, concernant la genèse des peuples et des institutions en Europe, permet de regrouper et de rapprocher les systèmes sacrificiels en fonction de leur filiation connue ou supposée.

     

    En se limitant au sacrifice animal et à la mentalité religieuse européenne de la préhistoire à nos jours, on constate une évolution dans la manifestation du sacrifice. Les premiers témoignages historiques permettent de supposer que le rite sacrificiel est né de la concrétisation pratique d'un rite symbolique destiné à favoriser l'issue de la chasse, chez les hommes préhistoriques. Après une longue évolution, le rite a disparu à l'aube de notre ère lorsque, par un mouvement inverse, il a retrouvé une dimension purement symbolique, dans le cadre des aspirations individuelles au salut de l'âme. Durant ce véritable mouvement respiratoire de l'histoire, se sont succédés, sans pour autant s'exclure, plusieurs conceptions du sacrifice.

     

    Le sacrifice par le sang, source de régénération cosmique

     

    Le modèle le plus ancien peut être qualifié d'organique car sa finalité est un ressourcement énergétique et la perpétuation de la matière. C'est le sacrifice type des sociétés agraires qui se sont formées au néolithique et qui ont marqué de leur empreinte le pourtour méditerranéen avant les invasions indo-européennes. Le rite sacrificiel se caractérise ici par la présence latente de la violence et l'importance symbolique du sang. Ainsi, si l'affrontement avec un taureau sauvage constitue un préliminaire assez courant, attesté en Crète, l'égorgement violent est, lui, systématique. Le partage des chairs crues de la victime et l'absorption de son sang par la communauté se déroulaient dans une atmosphère dionysiaque qui s'achevait par une union sexuelle entre les participants. Le style propre de ce type sacrificiel reposait sur une mentalité qui voyait dans l'humain un flux de vie participant au flux vital universel. Cette conception organique du monde implique une "technique de perpétuation du vivant", reproduisant le mythe originel de la création : le rite. Le sang est le symbole primordial de ce flux d'énergie, de cet élan vital qui anime le monde, relancé cycliquement. La pratique rituelle vise à rétablir le lien avec les forces de la nature incarnées par la Terre-mère, la Magna Mater.

     

    C'est dans cet esprit qu'il faut comprendre l'offrande des prémices agricoles et la mise à mort rituelle de l'animal. Ce dernier est peut-être le substitut d'une victime humaine mais il vaut surtout par "la force de régénération" qu'il porte en lui. Or le taureau sauvage est le symbole, depuis le fond des âges, de la force et de la fécondité. Sa mort, donnée rituellement dans la violence et l'extase, n'est pas un anéantissement mais correspond à une hiérogamie, c'est-à-dire à une union mystique de la Déesse Terre-Mère avec son fils/amant/fécondateur, céleste et solaire, le taureau sauvage divin. Parce qu'elle est consacrée, la victime devient l'incarnation de la divinité céleste, porteuse de son énergie. Ainsi le sang versé sur la terre et bu par les hommes, la chair crue partagée par les participants, correspondent-ils à une semence symbolique issue de l'union mystique. Elle est source de nouvelles naissances, du renouveau de la végétation et permet donc le ressourcement de la matière et de l'énergie. C'est là un monde où l'animal-totem porteur d'énergie peut être mangé rituellement, sans que cela soit vécu comme un paradoxe ou la transgression d'un tabou. L'univers est appréhendé comme un tout,sans hiérarchie constitutive entre la divinité, l'homme et l'animal.

     

    Le sacrifice par le feu, source de cohésion sociale

     

    A ce modèle archaïque a succédé un sacrifice de type social qui correspond à la formation des sociétés tribales ou postem-éleveurs. Celui-ci trouve sa spécificité dans son opposition au précédent type sacrificiel. En effet, la violence et le sang font désormais l'objet de tabous puissants et leur sont opposés la "civilisation" et le feu. Concrètement, lors de réunions communautaires, on abattait un animal domestique qui était en partie consumé et consommé cuit. Toute violence à l'encontre de l'animal étaient proscrits.

     

    L'apogée historique de ce système sacrificiel correspond à l'ère des cités-états dont la polis grecque reste le meilleur exemple. Ce monde, fortement hiérarchisé, était dominé par la figure de l'homme, père, époux et guerrier. L'organisation sociale caractéristique de la mentalité indo-européenne accorde une place prépondérante aux prêtres et aux guerriers, par rapport aux producteurs. Ces derniers, même s'ils nourissaient la cité, ne jouissaient, pas plus que les femmes, d'un rôle socio-politique important. L'idéologie en vigueur, reflet presque exclusif des préoccupations des classes supérieures, était alors centrée sur la quête du pouvoir et l'affirmation de sa différence. D'où, dans cette mentalité, l'existence d'une hiérarchie, d'un ordre sacré constitutif du monde et de la société.

     

    Le sacrifice figure ici la réalisation du lien entre les membres de la communauté et constitue donc le seul instrument de cohésion sociale. Le rituel permet de commémorer le mythe fondateur de ces sociétés qui affectent à l'homme une place intermédiaire entre la divinité et l'animal. Sacrifier est donc marquer du sceau de la civilisation une pratique alimentaire dont l'accomplissement est vécu comme une déchéance car soulignant trop l'animalité dans l'homme.

     

    Mais l'exercice politique n'induit pas pour autant la suppression des besoins physiologiques et le système sacrificiel témoigne en fait davantage d'une superposition à l'ancienne mentalité plutôt que d'une destruction pure et simple de celle-ci. La dimension hiérarchisée, sociale, du monde est tout bonnement mieux vécue que sa dimension organique. La société des puissances divines domine l'univers dans lequel les animaux occupent le rang le plus bas et où la société humaine tente de rester maîtresse de la partie intermédiaire.

     

    Dans ce monde, le feu sert de symbole primordial, il résume analogiquement toute la mythologie. En supplantant le sang, il marque en effet cette recherche de verticalité qui complète plus qu'elle ne rejette l'horizontalité du monde précédent. Le feu, traduction dans le visible de la lumière divine primordiale, exprime à la fois le lien avec la divinité et le moyen pour les hommes de se différencier, par son utilisation, des animaux. Voilà pourquoi, brûler en signe de lien, de pacte, une partie de la victime et en manger une autre partie, cuite, est un acte profondément sacré, fondateur de la civilisation. En même temps, il témoigne de la reconnaissance par la communauté de son statut médian, c'est-à-dire de la résolution du paradoxe "ni ange-ni bête", mais homme civilisé. Paradoxe résolu par la réalisation de l'équilibre humain et social qui constitue l'Idéal de la cité. Ceci permet de comprendre que les rôles, mineurs, de la femme et du paysan soient respectés non par magnanimité mais par un réel souci de l'harmonie sociale. Le corollaire est la co-existence des pratiques sanglantes, chtoniennes même, limites parallèles au sacrifice archétypal défini plus haut.

     

    L'animal n'est plus ici l'incarnation du vivant mais synonyme de sauvagerie. Sa valeur dans le sacrifice ne peut donc être lié qu'à la nature sociale de sa relation avec l'homme. Ceci explique que seuls les animaux domestiques soient sacrifiables, leur valeur économique leur conférant en plus une valeur réelle et sociale d'échange avec les Dieux, qui deviennent alors débiteurs des hommes. La consommation communautaire de viande cuite canalise le lien global de la communauté avec les Dieux. Elle empêche ainsi tout rapport individuel et direct avec la divinité régénératrice et par là renforce la cohésion, devenue obligatoire, du groupe.

     

    Le sacrifice spirituel, source de salut personnel

     

    Enfin, les bouleversements socio-politiques qui caractérisent l'antiquité tardive ont favorisé l'émergence d'un type sacrificiel nouveau, qualifié de spirituel. L'affirmation de l'individu, en tant qu'entité socio-politique autonome, va de pair avec l'apparition de besoins spirituels qui perdent leur aspect collectif.

     

    On assiste alors à une recherche du salut personnel, à l'instauration du dialogue avec une divinité syncrétique, interlocutrice préférentielle. Les besoins de connaissance, d'amour et d'harmonie prennent le pas sur les besoins sociaux ; la mentalité religieuse est dominée par la notion du mystère divin et du sacrifice personnel. Lorsque celle-ci conserve une finalité collective, elle prend la forme d'une révélation, sinon elle s'oriente vers le chemin immémorial de la voie initiatique. L'animal perd sa valeur dans le sacrifice qui se transforme en boucherie profane. Les symboles prépondérants sont alors issus de la sublimation du sacrifice organique. Le pain et le vin, chair et sang, deviennent les éléments fondamentaux du rite qui conserve encore son aspect de communion personnelle avec la divinité et avec la communauté.

     

    Voilà ainsi définis trois axes du sacré qui ne sont pas opposés mais complémentaires, car tous, selon des points de vue différents, sont la recherche de la régénération par le retour actif au stade de l'unité, à travers la communion avec ce qui est primordial, le principe ou l'archétype. Le profane est donc l'état multiple, précaire, qui doit être perpétuellement détruit et reconstruit et c'est précisément par l'énergie libérée de la destruction, que l'on arrive à la communion qui permet de reconstruire. Nous l'avons constaté, l'échec des idéologies sociales qui ont profondément marqué notre époque n'a pas pour autant éteint ce besoin d'un Idéal, même précaire, qui caractérise l'humain. Si la redécouverte du Sacré s'avère chaque jour plus nécessaire, c'est sans doute qu'il ne réduit pas l'Homme soit à des pulsions animales, soit à une appartenance sociale soit encore à ses croyances. Ainsi le Sacré génère-t-il une vision globale qui fonde la notion d'humanité au lieu d'être issu de sa fragmentation.

     


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  • Une définition de l'alchimie

    Il est difficile de chercher à donner une définition de l'alchimie en peu de mots, tellement son champ d'investigation est vaste. Souvent présentée comme une vague fumisterie, l'alchimie recouvre plusieurs disciplines dont la principale s'apparente à la métallurgie et à la chimie expérimentale, une sorte de protochimie.

    Même si l'alchimie nous semble aujourd'hui peu sérieuse, n'oublions pas qu'elle fut une discipline qui naquit à la même époque que la philosophie, vers le VIème siècle vant J.-C., et qu'elle fut étudiée par tous les grands esprits jusqu'à ce que Lavoisier ne la condamne définitivement. N'oublions pas non plus que beaucoup de techniques contemporaines de chimie expérimentale, comme la distillation, ont été mises au point par des alchimistes, et que leur vocabulaire perdure encore dans certaines opérations. C'est le cas des mots comme précipitation, réduction, combustion, amalgame...

    Une image d'Epinal fait que l'on imagine l'alchimie apparue au moyen-âge, avec sa mythologie, sa pierre philosophale, son élixir de vie éternelle et l'établi crasseux où traînent quelques cornues et autres grimoires antiques. Mais l'alchimie vient de l'antiquité. Comme toutes les bases de la science, elle nous fut amenée, à la chute de l'empire arabe, par les écrits des grands savants arabes, entre le Xème et le XIIème siècle.

    A l'origine

    L'alchimie est née de la surprise de voir sortir du sol puis des premiers fourneaux, des métaux, ces nouveaux matériaux résistants, froids,brillants. L'homme impressionné par cette découverte qui va modifier son histoire et perfectionner sa technologie, ne sut répondre à cette nouveauté autrement qu'en créant de toutes pièces une mythologie de la métallurgie comme il l'avait fait pour l'homme avec les religions. Fabuleux mélange savamment dosé de techniques expérimentales et de vocabulaire magique, l'alchimie va apparaître dans toutes les grandes civilisations du monde, comme une "religion métallurgique".

    L'alchimie antique

    L'alchimie est née avec la découverte des métaux. Toutes les grandes civilisations antiques on pratiqué l'alchimie : Egypte, Grèce, Mésopotamie. C'est surtout d'Egypte que l'on a retrouvé le plus de textes décrivant les premières techniques alchimiques.

    Ces techniques tournent autour de la manipulation des métaux, et surtout de la recherche de l'élaboration d'alliages, avec, bien souvent, pour finalité de créer de l'or à partir de métaux moins nobles. C'est ce travail de faussaire qui a été retenu par les alchimistes du moyen-âge occidental qui ont mal interprété les quêtes initiales en considérant la transmutation du plomb en or réalisable par une série de manipulations.

    L'alchimie arabe

    Une des grandes figures de l'alchimie arabe est Geber, la version occidentale de Al Jabir. Il était à la fois philosophe, astrologue et médecin. C'est le premier a avoir mis au point la première mythologie alchimique. Par la suite, l'ensemble de l'occident médiéval va baser l'alchimie sur ses travaux jusqu'à utiliser même son propre vocabulaire (Alchimie, Alambic, Elixir...).

    D'autre philosophes arabes comme Averroes ou Avicenne approteront une forte contribution à l'alchimie.


    L'alchimie chinoise et indienne

    Comme en Occident, l'alchimie est née avec les métaux. Les forgerons chinois ont développé une confrérie où la puissance du sabre prenait une dimension religieuse. L'invincibilité du maître dépendait de la façon dont avait été travaillé le métal. De cette tradition est née une mythologie qui est devenue à peu de différences près la même alchimie que celle qui s'est développée plus tard en occident.

    L'alchimie médiévale

    L'univers de l'alchimie médiévale est synonyme de sorcelerie, de vieux fou-sage à la barbe longue, manipulant fébrilement des poudres magiques, prononçant des incantations chtuliennes, à la recherche de la Pierre Philosophale.

    Entre autres escrocs, l'esprit de l'alchimie médiévale résulte essentiellement d'une dimension philosophique. La quête des alchimistes médiévaux était surtout une recherche de la sagesse : un alchimiste qui ne parvenait pas à réaliser une transmutation n'était victime que de lui-même : Dieu ne l'avait pas encore choisi pour pouvoir réaliser l'Opération, et seule la piété et la probité lui permettraient, avec le temps, d'accéder à l'état de sagesse suprême qui lui rendrait possible la réalisation de la transmutation.

    Mais c'est essentiellement par la iatrochimie (iatrochimie = (al)chimie médicale) que la chimie se développera. C'est Paracelse qui apportera la principale contribution à la iatrochimie.

    L'alchimie protochimique

    Les travaux expérimentaux que les alchimistes ont accumulé pendant près de deux millénaires n'ont pas pu être totalement inutiles. Même si les alchimistes ont été incapable de tirer des conclusions de leurs expériences (c'est d'ailleurs ce qui les différencie des chimistes), ils ont tout de même suffisamment tourmenté la matière pour en extraire des informations utilisables par la suite par les chimistes.

    Certains alchimistes comme Van Helmont ont souvent critiqués les démarches ésotériques des alchimistes et ont mis au point des techniques expérimentales et des concepts qui, sans atteindre toute la rigueur de celle qui viendront par la suite, resteront des étapes interessantes de l'évolution des idées de la chimie.


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  • Cruelle et omniprésente, nous sommes soumis comme des esclaves torturés à sa fantaisie mortelle. Fascinés par son mystère depuis l'aube des temps, nous essayons de l'apprivoiser afin de la pénétrer dans l'espoir de la vaincre. On peut retrouver de tous temps une touchante vénération des hommes pour les tombeaux, le culte constant dont ils entourent la dépouille ou les cendres de leurs ancêtres est une preuve directe de la croyance générale à l'existence de l'âme. Quelques grains de poussière mériteraient-ils nos hommages? Si nous respectons les cendres de nos morts, c'est parce qu'une voix intérieure nous dit que tout n'est pas éteint en eux, et, c'est cet appel que consacre le culte funèbre dans toutes les nations de la terre, car toutes sont également persuadées que le sommeil n'est pas éternel, même au tombeau, et que la mort n'est qu'une transformation glorieuse. Il a toujours existé une croyance spiritualiste puissante qui estime les défunts plus puissants que les hommes plein de vie, et leurs attribuent dans l'existence de l'au-delà une vertu prestigieuse, grâce à une association, à un commerce mystérieux avec une Force divine.

    De nombreuses tribus mangeaient soit tout ou une partie de leurs défunts afin de s'approprier les qualités de leurs morts. Les Bactriens nourrissaient de grands chiens de leurs défunts. Ils se faisaient autant de gloire de les nourrir grassement que les autres peuples de se bâtir de superbes tombeaux. Un Bactrien faisait beaucoup d'estime du chien qui avait mangé son père. L 'espoir dans une vie future existe depuis l'origine des âges, il en est de même de la survie de l'âme après le décès, ainsi, dans les plus anciennes sépultures explorées de la période paléolithique, on a retrouvé des corps dont les jambes étaient ramenées sur elles-mêmes, et les bras croisés par derrière, servaient d'appui à la tête, comme dans le sommeil. Au moyen de ligatures encore reconnaissables, le corps se trouvait maintenu dans une position repliée afin d'être comprimé dans de grandes amphores de terre ou de pierre, recouvertes elles-mêmes d'un vase plus grand, le tout dans le but manifeste de conserver la dépouille du mort en vue d'une résurection ultérieure.

    Les premiers hommes détachaient la chair des squelettes et transportaient ensuite les ossements dans des grottes sépulcrales ou dans leur demeure. On disposait ensuite les os côte à côte. Les Indiens de la Caroline du Nord plaçaient le cadavre des chefs sur un large morceau d'écorce bien exposé au soleil et l'enduisaient avec une poudre rouge vermillon tirée d'une petite racine et mélangée à de la graisse d'ours. Le corps ainsi préparé était recouvert avec l'écorce d'un pin ou d'un cyprès pour le protéger de la pluie et abandonné sur place jusqu'à ce que les chairs s'ammollissent suffisamment pour permettre de dégager les os. La chair était minutieusement enlevée et brûlée. Les os étaient enduits d'une substance oléagineuse et conservés dans une boîte en bois qui prenait place dans l'habitation familiale. Le crâne, qui était l'objet de soins particuliers, était enveloppé dans un tissu en poils d'opossum. En Inde, c'est la crémation qui est à l'honneur, le bûcher est la purification nécessaire, tandis que les corps de ceux réputés saints sont jetés dans la rivière “l'eau suffisant à laver les souillures légères”. La trépanation des crânes fût également une coutume assez courante et souvent observée, la tête est le réceptable sensé contenir l'âme, on découpait le plus souvent une rondelle osseuse de la taille d'une pièce, dans certains cas, on pratiquait une incision, c'est par cet orifice que l'âme pouvait s'échapper de son enveloppe mortelle inutile.

    Conserver à l'âme son fragile support matériel, embellir les restes corporels en sauvegardant ou en transformant les apparences de la vie, telles sont les préoccupations de l'embaumement et de la momification, un art qui a fait naître les premières connaissances anatomiques et physiologiques. On retrouve de nombreuses momies de par le monde, principalement en Egypte, au Pérou, en Océanie et en Orient. L'europe par contre, n'a jamais excellé dans l'art de l'embaumement. Malgré la nature exceptionnelle de cet art en France, on retrouve dans “La Chanson de Roland” la façon dont on conservait les corps vers les Xème et Xième siècles.

    L'empereur fait garder le corps de Roland
    Celui d'Olivier et de l'archevêque Turpin ;
    Il les fait tous ouvrir devant lui.
    On recueille leurs coeurs dans une pièce de soie,
    Et on les enferme dans des cercueils de marbre blanc,
    Puis on prend les corps des trois barons,
    On les met dans des cuirs de cerf
    Après les avoir frottés de piment et de vin.

    De trés bonne heure, l'homme a eu l'idée de perpétuer le souvenir de ses ancêtres en leur élevant des monuments dont la masse imposante pût braver l'effort du temps, les dolmens, menhirs ou cromlech en europe, les pyramides en Egypte et en Amérique du Sud.

    Une pratique courante consistait également à sacrifier des animaux en l'honneur des morts, des humains pouvaient également accompagner les défunts dans leur long voyage, ainsi en Egypte, on a découvert des tombeaux qui contenaient de nombreux squelettes, restes de serviteurs ensevelis en même temps que leur maîtres. Dans certaines tribus indiennes, les veuves se précipitaient dans le bûcher de leur époux. En Afrique et en Asie, certains peuples aux funérailles d'un homme riche, on égorgeait et on enterrait avec lui cinq ou six de ses esclaves.

    Les Dieux des morts inventés par les anciens afin de préserver leur sépulture sont assez nombreux, Hadès, Nergal, Anubis pour ne parler que d'eux reviennent fréquemment dans de nombreux écrits. Les morts et la Mort, ont été de tous temps les personnages principaux de nombreuses légendes et histoires qui ont marqué nos esprit à tout jamais. En voici une très belle intitulée “Les Arbres qui sont des Damnés”, écrite par Claude Seignolle dans “Les Evangiles du Diable” : “Dans la forêt de Darney (Vosges), un vieux bûcheron du Void d'Escles m'a autrefois mis en garde de ne jamais mutiler certains arbres à l'écorce boursoufflée et aux branches tordues. Ce sont des morts punis par le diable à cette sorte d'enfer. On les reconnaît mieux encore aux noeuds qui sont leurs yeux suppliants ou méchants.”

    Les rites funéraires évoluèrent au long de toutes ses époques de même que la façon d'ensevelir les morts. Nos cimetières sont les meilleurs représentants de plusieurs siècles d'histoire, dernière demeure de tant de personnages prestigieux dont ils rappellent le souvenir, lieux de recueillement des personnes qui veulent rendre hommage à leur défunts. Ils sont de par leur architecture, leur style, leur situation un livre ouvert sur notre passé. L'image de la mort est elle aussi très variable selon les époques, on peut la découvrir sous la forme d'un squelette, d'une dame habillée de noir tenant une faux, d'un cadavre, d'une trés jolie femme à l'allure angélique.

    L'enveloppe humaine des morts objets de frayeurs ou de désirs, est aussi sujette à de très nombreuses apparences suivant les époques, morts-vivants, goules, revenants de tout accabit, vampires, fantômes. Tous réveillent nos craintes ou nous font rêver, car tous représentent la vie éternelle. Une des question la plus préoccupante se pose quant à l'esprit des morts, que devient-il....où va t-il....rencontre t-il d'autres esprits, quels sont-ils, des démons, des anges? Pourrait-on éventuellement soumettre cet esprit à notre curiosité, pourrait-il nous aider à des fins plus ou moins obscures, cet esprit pourrait-il nous aider à pénétrer les secrets et le royaume des ombres.

    Pour répondre à ces questions, une véritable science de l'art de faire parler les morts et de se faire aider de leurs conseils est née, diverses méthodes constituent ce véritable enseignement. La pratique la plus répandue depuis des siècles est certainement la nécromancie, cet art d'évoquer les morts a toujours été très critiquée et pouvait même se solder pour toute personne soupçonnée de pratiquer cet art par de lourdes peines. La raison principale de cette sévérité provenait du fait que l'on devinait le futur par l'inspection des cadavres, on déchirait des parties du mort, on lui arrachait des ongles, des cheveux, des lambeaux de ses vêtements, bref, un peu de ce qui lui avait appartenu, la méthode préconisée pouvait être plus cruelle, suivant les régions, ainsi chez les Syriens, ils tuaient de jeunes enfants en leur tordant le cou, leur coupaient la tête, ils salaient celle-ci pour mieux l'embaumer, ils gravaient ensuite sur une lame ou une plaque d'or le nom de l'esprit malin pour lequel ils avaient fait ce sacrifice, et plaçaient la tête dessus, ensuite, ils l'entouraient de cierges, et adoraient cette idole, ils affirmaient alors en tirer beaucoup de réponses. Au moyen-âge, un procédé de nécromancie très répandu était l'épreuve du cercueil ou l'épreuve du jugement de Dieu, lorsqu'un assassin restait inconnu, on dépouillait entièrement le corps de la victime, on mettait ce corps sur un cercueil et tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir eu part au meurtre étaient obligés de le toucher. Si l'on remarquait un mouvement et un changement dans les yeux, dans la bouche, ou dans toute autre partie du corps, celui qui touchait le cadavre à ce moment était le coupable. Depuis plus d'un siècle, la façon la plus répandue de communiquer avec nos défunts est le spiritisme, rendu populaire par Alan Kardec, cette technique consiste à se mettre en contact avec les esprits par l'intermédiaire d'un médium, mais il existe d'autres moyens de faire réagir nos disparus, table tournante, tablette de oui-ja, etc...

    La mort et l'amour, cruelle et romantique à la fois, muse de beaucoup de poètes, source d'inspiration autant que de fantasmes peut conduire à l'amour de la mort. Nécrophilie et fétichisme macabre ont toujours été présents, ainsi Hérode, couche sept ans durant avec sa femme Mariamme après l'avoir tuée lui-même. Le tyran Périandre vit un an avec Mélissa morte. Charlemagne dans ses vieux jours, n'arrive pas à se débarrasser du cadavre de sa maîtresse allemande. Plus près de nous, le cas du sergent Bertrand et d'Ardisson sont toujours présents dans nos esprits. Le goût de l'appareil funéraire a toujours été omniprésent également, il était fréquent que dans les maisons closes du XIXè siècle, on aménageait des chambres mortuaires pour les amateurs de ce type de relations. Léo Taxil raconte, que dans un décor sombre représentant une chambre mortuaire : “Un fou luxurieux qui a payé dix louis pour cette séance est introduit. Il y a un prie-dieu où il s'agenouille. Un harmonium, placé dans un cabinet, joue le Dies Irae ou le De Profondis. Alors, aux accords de cette musique de funérailles, cette personne se rue sur la fille qui simule la défunte et qui a ordre de ne pas faire un mouvement quoi qu'il advienne”. Nous ne croyons plus au supplice des damnés, mais notre esprit se nourrit toujours de l'effroyable mystère du Chéol des Hébreux, de l'Hadès des païens ou de l'Enfer des Chrétiens, la mort reste et restera le plus grand et le plus redoutable mystère.


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    La Sibylle de Delphes, fresque de Michel-Ange

    La divination serait l'art (occulte) de découvrir ce qui est inconnu. Littré, positiviste, est sévère : "Art chimérique de savoir et de prédire l'avenir par des sortilèges ou de fausses sciences, telles que l'astrologie, la chiromancie, l'interprétation des songes, etc."[1] Mais, pour un partisan, la divination peut dévoiler non seulement l'avenir, mais encore le caché, c'est-à-dire le passé, les trésors, les maladies invisibles, les secrets, les mystères..., et cela par des moyens non rationnels, par exemple analogiques, kabbalistiques, psychédéliques, magiques, métapsychiques. Il y a, selon ceux qui y adhérent, connaissance paranormale de deux objets voilés, inconnus : connaissance paranormale de l'avenir (précognition), connaissance paranormale du caché (cryptesthésie)[2] ; et une multitude de procédés, spontanés ou codifiés, traditionnels ou modernes, populaires ou savants, licites ou interdits : astrologie, cartomancie, sorts, songes, boule de cristal, etc. ; chacun de ces procédés est un art divinatoire à l'intérieur de la science divinatoire, "science" au sens de "connaissance" (ou pseudo-science).

    Le mot "divination" désigne en second lieu la faculté ou l'action, prétendues mais guère prouvées, soit de prédire (le futur) soit de deviner (le caché). Balzac décrit ainsi un de ses personnages, Étienne : "il avait trouvé de mystérieuses correspondances entre ses émotions et les mouvements de l'Océan. La divination des pensées de la matière dont l'avait doué sa science occulte, rendait ce phénomène plus éloquent pour lui que pour tout autre" (L'Enfant maudit, 1836, p. 386).

     

    Le mot divination vient du latin divinare, qui signifie "accomplir des choses divines".

    Le nom mantique (μαντικ? τ?χν? / mantikê tékhnê] désigne ce qui, dans la Grèce antique, est l'art du pronostic, la divination en général[3].

    Divination : voyance ou mantique

    On oppose depuis Cicéron la divination en deux branches : la voyance et la mantique, toutes deux étant des arts du pronostic, mais par des moyens différents. La voyance est naturelle, intuitive ("éclair", prophétisme...), c'est la divination des Sibylles et Pythies, la possession ; la mantique est artificielle, inductive, technique, on trouve là l'examen des entrailles d'animaux égorgés, l'astrologie, la cartomancie.

    Platon (Phèdre, 244) observe l'art divinatoire dans ses deux grandes formes, soit divine et délirante, soit humaine et raisonnée (teknikê) :

    "[Divination intuitive, délire mantique] La prophétesse de Delphes, les prêtresses de Dodone ont, et justement quand elles sont en proie au délire (mania), rendu à la Grèce nombre de beaux services... Si nous devions parler de la Sibylle, de tous ceux qui, usant d'une divination inspirée, ont donné à nombre de gens, par nombre de prédictions, la droite direction en vue de leur avenir, nous allongerions inutilement notre propos... [Divination raisonnée] À preuve encore est cet autre art, qui est un art des gens ayant leur bon sens et l'employant à scruter l'avenir au moyen des oiseaux et des autres signes, les Anciens considérant qu'au moyen de la réflexion on procure ainsi à la croyance des hommes sagacité et information... Le délire, au témoignage de l'Antiquité, est une chose plus belle que le bon sens : le délire qui vient d'un dieu, qu'un bon sens dont l'origine est humaine."
    Cicéron (De la divination, I, 6) donne le texte canonique sur la distinction entre divination intuitive et divination inductive :

    "Il y a deux sortes de divination, l'une relève d'un art qui a ses règles fixes, l'autre ne doit rien qu'à la nature. Mais quelle est la nation, quelle est la cité, dont la conduite n'a pas été influencée par les prédictions qu'autorisent l'examen des entrailles et l'interprétation raisonnée des prodiges ou celle des éclairs soudains, le vol et le cri des oiseaux, l'observation des astres, les sorts ? - ce sont là, ou peu s'en faut, les procédés de l'art divinatoire - quelle est celle que n'ont point émue les songes ou les inspirations prophétiques? - on tient pour naturelles ces manifestations. Et j'estime qu'il faut considérer la façon dont les choses ont tourné plutôt que s'attacher à la recherche d'une explication. On ne peut méconnaître en effet l'existence d'une puissance naturelle annonciatrice de l'avenir, que de longues observations soient nécessaires pour comprendre ses avertissements ou qu'elle agisse en animant d'un souffle divin quelque homme doué à cet effet."

    Divination naturelle/artificielle, licite/interdite
    Une autre opposition a son importance en matière de divination : est-ce que les signes sont naturels, spontanés ou artificiels, provoqués ? Un songe est naturel, mais battre les cartes est artificiel. H. Leclerc oppose les divini (devins), "qui font des prédictions au moyen de signes indépendants d'eux-mêmes et en dehors de leur volonté", et les "sortilegi (faiseurs de sortilèges), qui opèrent "au moyen de signes qu'ils provoquent eux-mêmes"[4].

    Une opposition, politique, juridique, sociale, revêt une importance vitale, celle du permis, du légal, du moral, ou non. Dès les Romains, il faut savoir si telle divination est licite ou pas, telle pratique divinatoire licite ou pas.

    Historique
    L'astrologie remonte sans doute à la préhistoire, en tout cas aux Mésopotamiens.

    La croyance des anciens Grecs en la possibilité de prédire l'avenir provient de l'idée que les dieux, de préférence quand on les priait, accordaient régulièrement des révélations par l'intermédiaire d'augures. Homère présente de grands voyants : Tiresias, Calchas, Cassandre. La Pythie de Delphes joue un rôle considérable dans la vie politique et religieuse. Dès Pythagore, les nombres servent à connaître le secret du monde. Artémidore d'Éphèse a laissé un traité sur la clef des songes demeuré classique : Onirocritique (IIe siècle).

    Les croyances des Grecs furent partagées par les Romains et subsistèrent jusqu'à la fin du paganisme. Varron (Ier siècle av. J.-C.), le premier, et de façon trop systématique, distingue les divinations selon les Éléments : géomancie (Terre), hydromancie (Eau), aeromancie (Air), pyromancie (Feu).

    Avec le christianisme, l'interdiction arrive. L'empereur romain Constance II, en 341, condamne à la peine capitale les devins.

    Le concile d'Agde, en 506, a regroupé dans la science divinatoire (divinationis scientia) les augures, les sorts, les songes.[5] Isidore de Séville, dans ses Etymologies (VIII, 9) assimile divination et magie, et il énumère les spécialistes : haruspices (par les entrailles des victimes), augures (par les éclairs, les oiseaux), pythonisses, astrologues, jeteurs de sorts. Le 4 ° concile de Tolède, présidé par Isidore de Séville en 633, distingue quand même les magiciens des devins (aruspices, arioli, augures, sortilegi)[6].

    Dès le Xe siècle ou dès le VIII° avec Bède le Vénérable, la divination par pronostics, d'après le jour des calendes de janvier ou d'après le jour où tombe Noël. Il existe des pronostics d'après le jour du mois lunaire, indiquant quoi faire ou ne pas faire tel jour (astrologie hémérologique) ou quel est le destin et le caractère de la personne, homme ou femme, née ce jour-là (astrologie physiognomonique). Plus chrétiens sont les sortes sanctorum (les sorts des saints), livres comportant une liste de 56 réponses dont chacune est précédée de chiffres.

    La physiognomonie se développe surtout avec Michel Scot (Physionomia, avant 1230), Pierre d'Abano (Liber compilationis phisionomie, 1295), Michel Savonarole (Speculum phisionomie, vers 1450), mais le grand auteur reste Lavater (La physiognomonie, 1775-1778).

    Hugues de Saint-Victor, vers 1135, dans son Didascalicon, distingue cinq types de magie, dont deux divinations : la mantique, les mathématiques. La mantique regroupe la nécromancie, la géomancie, l'hydromancie, l'aéromancie, la pyromancie ; les mathématiques regroupent l'haruspicine, les augures, les horoscopes.

    La géomancie, venue de chez les Arabes au XIIe siècle, et qui consiste à interpréter les figures formées de quatre échelons de points pairs ou impairs et placés dans des cases, commence avec Hugues de Santalla (Ars geomancie), se développe grâce à Pierre d'Abano à la fin du XIIIe siècle (Geomantia), à Gérard de Crémone (Géomancie astronomique).

    En 1238 le concile de Trèves parle des procédés divinatoires, dont ceux du feu, du glaive[7].

    Rabelais (1532) fait pratiquer à son héros Panurge les sorts homériques et virgiliens (Pantagruel, III, chap. X et XII), l'oniromancie (chap. XIII).

    En 1555, Nostradamus publie ses très célèbres Vraies centuries et prophéties.

    Le pape Sixte V, en 1586, par la bulle Coeli et terrae condamne l'astrologie judiciaire, la géomancie, l'hydromancie (divination par l'eau), la pyromancie, l'onomancie (noms), la chiromancie et la nécromancie (morts)[8].

    "La divination par la boule de cristal semble dater seulement du XVI° s." (Gérard Chandès).

    L'usage du Tarot dans la divination commence seulement à la fin du XVIIIe siècle (à partir d'Antoine Court de Gébelin, dans son Monde primitif, t. VIII, 1781).

    L'art de lire dans les taches d'encre commence tard, avec Luce Vidi (Les taches d'encre, 1937).

    Pratiques divinatoires
    En Grèce, lorsque l'on se lançait dans des entreprises importantes, en particulier lors de la guerre, on pratiquait la divination au moyen de sacrifices d'animaux comme des moutons. Le point prioritaire était la nature normale ou anormale des viscères, en particulier du foie, avec la vésicule biliaire et aussi le cœur et les poumons. De ces examens pouvaient résulter la décision de différer une attaque ou la mobilisation d'une armée ; mais parfois l'expérience était répétée jusqu'à ce qu'elle donne des résultats favorables aux projets des décideurs. Entrait en compte également la manière dont les animaux étaient allés docilement vers la table de sacrifice, comme aussi la manière dont a brûlé le sacrifice sur l'autel, le comportement de la flamme, la montée ou la descente de la fumée, etc.

    il y avait effectivement une tendance générale à considérer tous événements frappants et inhabituels comme une indication des dieux ; il y avait d'autres variantes de cet art dont quelques-unes très étranges furent, plus tard, vulgarisées. Ainsi en est-il de la chiromancie mentionnée par Aristote et de la croyance à l'inspiration divine dans les rêves mentionnée entre autres par Plutarque, croyance très ancienne mais qui chez les Grecs fut progressivement codifiée. Le pouvoir de voir plus ou moins clairement la signification d'un rêve en situation d'éveil, a été considéré par les grecs comme un don spécial d' Apollon.

    La cléromancie [κληρομαντε?α / klèromanteia], quant à elle, tirait parti d'un mouvement déclenché par l'homme et dirigé par le hasard, lequel était censé traduire une volonté divine. Ainsi peut-on voir, sur une coupe de Douris, des guerriers recourir, en présence de la déesse Athéna, à une "lithobolie", littéralement "jet de pierres" en guise de divination.[9] ; les dés ont été utilisés pour les pronostics.

    Depuis l'aube des temps les augures se sont préoccupés du vol des oiseaux ; les oiseaux les plus observés étaient les rapaces : aigles, vautours, faucons. Les phénomènes célestes aussi étaient considérés comme pouvant avoir une valeur prémonitoire. À Sparte, on croyait que les étoiles filantes montraient le mécontentement des dieux au sujet des rois spartiates.

    Théories sur la divination
    La première théorie célèbre est celle de Platon, qui explique la divination, du moins celle qui est intuitive, inspirée, par le "délire" (mania), l'inspiration divine, cela dans le Phèdre.

    Les stoïciens développent une théorie panpsychiste, panthéiste. 1) Le monde est un tout traversé par un Souffle, un organisme traversé par le Logos, le Feu, l'Esprit. Tout est en sympathie avec tout. 2) Le Tout est régi par le Destin, "qui est une chaîne de causes". Ce Destin est aussi Providence.

    "Les stoïciens démontrent que la connaissance de l'avenir est possible... Les dieux sont, donc ils nous communiquent l'avenir. Et s'ils nous le communiquent, ils ne peuvent pas ne pas nous donner quelques moyens pour fonder une science pour le comprendre (sinon cette communication serait inutile), et s'ils nous donnent ces moyens il ne peut pas ne pas y avoir une science de la divination. Il y a donc une science de la divination. C'est là l'argument qu'utilisent Chrysippe, Diogène et Antipater" (Cicéron, De la divination, I, chap. 38).
    La théorie la plus répandue chez les théologiens chrétiens est la théorie démonologique. Tout ou partie de la divination est expliqué par les démons, un pacte avec le Diable (saint Augustin, De la doctrine chrétienne, II), des invocations d'esprits mauvais. Saint Augustin parle de pacte avec les démons (De la doctrine chrétienne, II, chap. 24). Même tard on retrouve cette explication. Pour Jean Bodin, à la fin du XVIe siècle, la rhabdomancie et les incantations, "tout cela ne vaut rien" et ces choses "ne se peuvent faire sans l'assistance de Satan" (Démonomancie, II, 1, p. 170).


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  • Carnaval, un monde sens dessus dessous

    Le carnaval représente véritablement une période de divertissement en ce sens qu’elle divertit, détourne, distrait l’individu de ses préoccupations quotidiennes et de son existence bien réglée. Un moment bien singulier de la vie sociale où, dans les temps anciens, les règles volaient en éclats pour être littéralement vécues "à rebours".

    Il ne s’agissait pas d’une période de désordre social ou d’un retour à l’état indifférencié du chaos originel, mais bien plutôt d’un nouvel ordre social, d’un ordre à l’envers "où ce qui est en haut est comme ce qui est en bas" et inversement. Pendant ce laps de temps, le rôle d’évêque ou de roi était dévolu à un idiot ou un criminel qui régentait l’église ou le royaume à rebours des lois en usage. Le carnaval terminé, l’idiot retournait à son village et le criminel retrouvait la prison ou la potence s’il ne bénéficiait pas de l’amnistie. Afin de prévenir les excès, le clergé lui-même participait à ces facéties grotesques dans l’enceinte même de l’église. Ainsi, à l’occasion de la fête de l’Âne au Moyen Âge, les clercs affublaient l’animal des habits sacerdotaux et l’introduisaient jusque dans le chœur de l’édifice.Vêtements portés à l’envers La bête faisait alors l’objet aussi bien de plaisanteries graveleuses que de marques de respect habituellement réservées aux autorités ecclésiastiques. Ou encore, durant la fête des Fous, toujours au Moyen Âge, la population pratiquait un renversement du code social (port des vêtements à l’envers, chevauchement de l’âne à rebours, inversion des sexes, profanation du sacré, raillerie des autorités etc.) qui mettait littéralement le monde sens dessus dessous.

    Toutes ces pratiques codifiées visaient à canaliser les tendances inférieures de l’être, à opérer une véritable catharsis et libérer des passions refoulées. Sans un encadrement fixant des limites, un véritable désordre aurait pu s’instaurer au risque de dégénérer en une explosion des pulsions pouvant aller jusqu’au meurtre. D’autant plus que la population usait du déguisement et du port du masque garantissant, en principe, l’anonymat. De fait, les mascarades contribuaient également à ce renversement. Chacun choisissait en effet, sans même s’en rendre compte,Le masque révèle la véritable personnalité, non les apparences un déguisement et un masque qui reflétaient au mieux ses tendances inférieures. Loin de voiler la face, le masque laissait apparaître au contraire le véritable visage de l’individu. L’être montrait alors réellement une facette de lui-même cachée sous les différents masques conformes aux normes sociales. Le masque ("persona" en latin) dissimulait en fait les diverses apparences du personnage social et révélait la personnalité véritable de l’individu.

    Ces fêtes qui avaient un caractère parodique et blasphématoire furent non seulement tolérées, mais officiellement reconnues. L’église condamna cependant, à plusieurs reprises, les scandales et la durée des fêtes fut écourtée au cours des siècles. À la fin du Moyen Âge, il n’avait déjà plus la spontanéité d’antan. Curieusement, il se produisit alors un déchaînement de manifestations de sorcellerie sans commune mesure avec celles des périodes précédentes. Les fêtes avaient en effet un étrange lien de parenté avec le sabbat des sorcières où tout se faisait également à l’envers. Ces manifestations furent dès lors considérées comme sataniques par la Sainte Inquisition et sonnèrent le glas de la tolérance vis-à-vis de pratiques d’un monde renversé, pourtant admises depuis l’antiquité.



    Origines et fondements du carnaval

    Pour saisir les raisons d’un tel monde renversant, il faut remonter aux origines de ces fêtes. Cette inversion était déjà pratiquée au cours des Saturnales romaines durant lesquelles maîtres et esclaves échangeaient leurs rôles pour un temps.

    Tout comme la fête des Fous d’ailleurs, ces festivités avaient lieu au cours de la période de 12 jours qui séparent aujourd’hui Noël et l’Épiphanie. Une période qui couvre la fin de l’année écoulée et de début de l’année nouvelle et reproduit, en condensé, le cycle annuel de 12 mois. Ces fêtes correspondaient en fait à la célébration du solstice d’hiver associée à la fin de la descente du soleil dans le ciel et au début d’une nouvelle ascension. Un véritable renversement de tendance dans l’ordre cosmique qui trouva en quelque sorte un écho dans l’ordre strictement social. Un curieux écho toutefois. Au lieu de correspondre à une remontée faisant suite une descente, il reflétait plutôt une descente vers les états inférieurs après une éventuelle remontée. En ce sens, l’écho dans l’ordre social s’apparentait davantage au solstice d’été que d’hiver. Celui-ci correspond effectivement à renversement associé à la fin de l’ascension du soleil dans le ciel suivie d’une descente vers la terre et ses états humains ou inférieurs. Là encore, il s’agit d’une inversion complète des pratiques du monde social par rapport à la tendance du monde cosmique autour du solstice d’hiver. Or, l’harmonie réside précisément dans une adéquation de l’individu ou du microcosme au monde cosmique ou macrocosme. Dans ces conditions, à quel but obéissait une société pratiquant un renversement systématique de l’ordre des choses ?

    A la vie proprement rythmée par le travail et les contraintes sociales, réglée par un principe d’ordre, d’économie de retenue s’opposait la manifestation d’une joyeuse insouciance, de transgression de certains interdits, de dépense et de consommation immodérées. Toutefois, transgression et dérèglement se déployaient à l’intérieur de formes codifiées afin de prévenir tout désordre. En fait, le détour par la fête, qui s’opposait trait pour trait à la vie ordinaire et régulée, apparaissait aux autorités comme le plus sûr garant du retour à l’ordre et de son maintien au sein de la communauté.


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