• Contenu doctrinal du Judaisme

    1.- Dieu est unique. Même l’affirmation chrétienne de la Trinité de Dieu trahit, pour les juifs, le message révélé. Le shema l’illustre d’ailleurs très bien (Dt 6,4). Il est différent de la nature qu’Il a créée entièrement. Dieu n’est pas une puissance obscure mais un être agissant continuellement dans l’histoire humaine.

    Il faudrait ajouter ici quelques éléments pour mieux comprendre la nature de Dieu. Au départ, le Dieu d’Israël n’est pas un Dieu limité à Israël. Il est le Dieu de tout l’univers et de tous les humains. Sa relation historique avec Israël ne l’empêche pas d’être le Dieu de tous, au contraire. Nous verrons plus loin qu’Israël aura d’ailleurs pour tâche de proclamer ce Dieu aux nations. Mais le Dieu d’Israël est un Dieu qui dépasse toutes choses. L’univers entier lui est soumis et il est en droit d’être le seul à recevoir honneur et gloire. En ce sens, Dieu est transcendant. Mais la relation privilégiée d’Israël avec son Dieu a amené le peuple à découvrir au delà de cette effrayante transcendance, un Dieu aimant, gratuitement, des êtres qui sont constamment indignes de Lui. En agissant dans l’histoire, Dieu montre sa tendresse et son amour envers les humains. Il est près d’eux, comme un père doit l’être de ses enfants. Et à travers cette relation historique privilégiée, le peuple d’Israël a découvert l’immanence de Dieu, par les liens intimes qu’il a entretenu avec son peuple.

    En même temps que le sens de la transcendance, a grandi en Israël le sentiment de la proximité de Dieu, de l’intimité avec Lui, d’une familiarité profondément religieuse. Nombre de Psaumes exprimaient déjà cette composante de la révélation biblique et l’ont imprimée profondément dans l’âme juive. De même, déjà dans les confidences dont Dieu charge ses porte-parole, un Osée, un Isaïe, un Jérémie, on devine une immense tendresse pour ses enfants et en particulier pour son peuple. La bonté et la miséricorde apparaissent, dans bien des textes bibliques, comme le dernier mot de la manifestation de Dieu. Ainsi la frayeur primitive - qui, en elle-même, n’excluait pas la familiarité, comme nous le voyons par exemple chez Abraham - se transforme de plus en plus en crainte filiale. Dieu se révèle de plus en plus comme un Père à l’égard de son peuple, mais aussi à l’égard de chacun de ses fidèles et envers tous les hommes. On ne loue pas seulement sa Majesté sacrée et sa Puissance redoutable, mais également et plus encore le Dieu "miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité" (Ex 34, 6 ss). (Démann pp.56-57)

    Nous voyons ainsi mieux pour quelle raison nous répétons depuis le début de cet ouvrage que le Judaïsme est un monothéisme éthique. Il est en fait la réponse de l’humain à l’appel de Dieu. Il est la réponse d’un peuple à la manifestation de Dieu dans l’histoire, à l’élection du peuple d’Israël. Et en tant que réponse, il devra se traduire par des actes.

    Ce Dieu n’a pas agi dans l’histoire un jour il y a longtemps. Il agit constamment dans l’histoire. Ses interventions sont essentiellement guidées par sa justice. Elles ont un sens moral (Szlakmann, p.38). Dieu punit ou récompense l’humain pour ses actions.

    2.- Dieu a créé l’être humain à son image. Doté du libre-arbitre, l’être humain a fait entrer le mal dans le monde.

    Le Judaïsme insiste énormément sur cette liberté fondamentale et radicale de l’être humain qui contraste énormément avec la doctrine du péché originel du christianisme. Dans le Judaïsme, l’être humain n’a pas cette impossibilité radicale de faire le bien sans le secours de la grâce de Dieu. Dieu l’a doté de tout ce qu’il lui fallait pour faire le bien et, bien que le mal soit entré dans le monde par la faute d’Adam, l’humain n’a pas perdu cette capacité de faire le bien. La seule différence, c’est qu’il doit lutter contre une tendance à faire le mal qui coexiste en lui avec la tendance à faire le bien. Il peut toutefois choisir le bien par ses propres forces.

    Selon Szlakmann, le Judaïsme prône que l’humain présente un double aspect. D’une part il est constitué de matière et cela fait qu’il est poussé par ce qu’il appelle l’instinct du mal. D’autre part, il a été créé à l’image de Dieu, ce qui veut dire que Dieu a mis en lui une âme qui le pousse à rechercher le bien et le juste. C’est ce que l’on appelle la conscience morale et que le Judaïsme nomme l’instinct du bien.

    "...par souci d’une éducation rigoureuse du sens moral et par réaction contre la conception chrétienne de la grâce et contre le fatalisme musulman, les penseurs et les docteurs du judaïsme on été amenés à insister très fort, et parfois très exclusivement, sur la liberté de choix totale de l’homme placé devant la vie et devant la mort, devant le bien et le mal. Ils reconnaissent, certes, dans l’homme un mauvais penchant à côté d’un bon penchant, mais maintiennent fermement que, malgré tous les déterminismes qui enserrent la vie de l’homme, celui-ci, avec les lumières de la Loi et de sa conscience, et avec une aide d’en haut qui laisse sa liberté intacte, peut toujours choisir le bien. Selon une sentence talmudique, «à sa naissance, Dieu décide si l’homme sera faible ou fort, sage ou sot, riche ou pauvre, mais non s’il sera juste ou méchant.» Toute la vie juive ayant pris la forme d’une observance salutaire, en dehors de laquelle il n’y a que transgression coupable, on comprend cette insistance sur la liberté et la responsabilité de l’homme." (Démann, p.74)

    3.- Dieu a fait Alliance avec l’humain afin qu’il ne se perde pas et il lui a donné la Torah afin qu’il se perfectionne et se sauve lui-même. L’ensemble des préceptes viennent de Dieu et ont été révélé à Moïse au mont Sinaï. Seul le peuple d’Israël a entendu la voix de Dieu et désormais Israël a une mission dans le monde: celle de témoigner de Dieu par la mise en pratique de la Torah qui est universelle (pour tous les peuples, de toutes les époques).

    Nous avons vu plus haut que l’être humain, par son âme, aspire au bien. Cependant, même s’il aspire au bien de toutes ses forces, il ne sait pas ce qui est bien. C’est précisément ici que s’insère la révélation. C’est non seulement Dieu qui détermine dans sa justice ce qui est bien mais c’est aussi Lui qui l’a enseigné aux humains dans la Torah. Il est donc fondamental que tout juif l’étudie. D’ailleurs cette étude occupe une place essentielle dans la vie juive. Démann commente d’ailleurs cette assertion avec éloquence:

    "Le prix qu’on attache dans le judaïsme traditionnel à l’étude de la Torah, qui est un devoir pour tout israélite, constitue un hommage significatif a la Loi, à sa place centrale dans la vie juive. [...] En dépit des dangers d’étroitesse et de formalisme qui guettent toute tradition d’école et toute spécialisation trop poussée, dans l’ensemble cette vaste entreprise d’étude a su garder l’esprit de la religion de la Torah et n’a pas perdu de vue ce qui était son but: non pas une connaissance théorique de la Torah, mais un accomplissement plus exact, plus fidèle, plus parfait de ses prescriptions, qui sont une voie qui mène à la vie, à la justice, à la sainteté. Même quand la discussion se fait le plus subtile ... le but reste l’action, la pratique, l’application, l’observation de la Loi de Dieu. Dans un passage caractéristique du Talmud, on rapporte une discussion, à Lydda, sur la question: qu’est-ce qui importe davantage, l’étude ou la pratique? "Rabbi Tarfon répondit: c’est la pratique. Mais Rabbi Aqiba répliqua: c’est l’étude. Enfin tous se mirent d’accord: c’est l’étude qui est plus grande, car c’est l’étude qui mène à l’action." On retrouve la même hiérarchie des buts dans cette prière du Rituel juif: "Notre Père, qui es un Père plein de miséricorde, aie pitié de nous et rends notre coeur apte à comprendre, à savoir et à écouter, à apprendre et à enseigner, à observer et à pratiquer avec amour toutes les paroles de ta Torah." (Démann, pp.68-69)

    On comprend ainsi pourquoi le Judaïsme est essentiellement l’obéissance à la Torah dont l’étude est un devoir non pas pour lui-même mais précisément parce qu’elle mène à la mise en pratique des préceptes, les mitsvot. L’humain, entièrement libre de ses actes, devra en répondre tôt ou tard à Dieu qui est toute vérité, toute justice et toute paix, les trois valeurs de base du Judaïsme.

    Tout cela étant posé, il faut maintenant se demander ce qui arrive à la personne qui n’obéit pas à la Torah.

    Pour bien comprendre cela, il faut revenir sur une notion que nous avons vue lors de notre présentation de la Kabbale, la notion de Shekhinah. Il faudra aussi compléter maintenant la notion d’Alliance.

    Lorsque Dieu fait Alliance avec le peuple, l’enjeu pour les juifs est d’y rester fidèles, globalement, même si il est envisageable que des infidélités passagères viennent ternir cette Alliance. Cette fidélidé, nous l’avons vu, est essentiellement obéissance à la Torah. Ainsi sont posés deux éléments constitutifs de l’Alliance: le peuple et la Torah. Mais un troisième élément doit aussi entrer en ligne de compte pour bien comprendre le judaïsme, c’est la Terre Sainte. En effet, au coeur de la promesse de Dieu se situe le Terre promise que les juifs reçoivent en échange de cette fidélité. Cette Terre est celle de la Révélation. Cette Terre est celle où la gloire de Dieu, la Shekhinah, se manifeste en plénitude. La Terre Sainte fait donc également partie de l’Alliance et en est indissociable. Cela est tellement vrai que dans l’esprit des rabbins, lorsque les juifs habitent une terre étrangère, lorsqu’ils sont en exil, la Shekinah aussi est en exil. L’obéissance à la Loi ne peut donc pas être aussi parfaite qu’en Terre promise. Il en ressort que l’infidélité est toujours péché et jamais excusable mais qu’il faut s’attendre à plus d’infidélité en Exil qu’en Terre Sainte.

    Le péché, qui est donc transgression de la Torah, a une conséquence importante pour tout le peuple. Celui-ci marque la rupture de l’Alliance et chasse la Shekhinah. Pour l’ensemble du peuple, il retarde la venue du règne de Dieu, et pour celui qui l’a commis, il entraîne inévitablement un châtiment de la part de Dieu. Souvent, cette sanction n’est pas immédiate, car Dieu espère toujours que le pécheur reviendra à Lui. Pour cela, il faut que l’humain se repente. Le repentir (Techouvah) n’est pas le regret. Car le regret n’est pas suffisant pour obtenir le pardon. Le Techouvah est bien sûr regret de sa faute mais aussi changement de comportement, rejoignant ainsi le coeur du judaïsme pour qui l’obéissance à la Loi est fondamentale. On aura beau regretter de toutes ses forces, si l’on ne change pas son comportement, on n’est pas pardonné.

    Si l’on revient à Dieu, cela attire récompense et bénédiction. Si l’on s’obstine dans le péché, alors cela est très grave car on attire sur soi le jugement divin.

    Après la mort, tout peut donc arriver, selon la vie qu’on a menée. Citons ici Epstein qui explique bien l’idée de rétribution développée par le Judaïsme. On notera au passage que d’une part les châtiements y sont moins sévères que dans le christianisme et que d’autre part le Judaïsme reste fidèle à sa conception d’universalité de la Loi en prévoyant cette rétribution autant pour les juifs que pour les non juifs.

    Le Judaïsme enseigne qu’il y a une géhenne, qui est identifiée à la fosse en flammes dont il est question en Is 30, 33, et un lieu de bénédiction, le Gan Eden (Jardin des Délices), et c’est tout. Il est dit que les méchants, sauf cas exceptionnels, passent douze mois dans la géhenne, après quoi ils entrent au Gan Eden pour y goûter en compagnie des justes, selon le mot d’un rabbin, la splendeur de la Shekhinah (Présence divine) et la vie éternelle. Il ne s’agit pas d’une existence inactive. Commencée dans cette vie, la coopération avec Dieu pour Son dessein dépasse, dans la pensée juive, la vie terrestre. Même après que l’individu s’est dépouillé de son apparence périssable, son esprit immortel continue de progresser, accroissant le trésorde force morale qui avance la consommation du dessein éternel de Dieu. [...] Le Gan Eden n’est d’ailleurs pas réservé au seul Israël. Dans la doctrine juive, une récompense attend dans l’Au-delà les pieux des nations du monde. Le Judaïsme fait dépendre le salut de la bonne conduite et, en conséquence, toutes les nations ont part aux bénédictions de la vie future. (Epstein, pp.134-135)

    4.- Le Peuple d’Israël, bien que dispersé, verra un jour son peuple rassemblé en Terre Sainte et, en ces temps messianiques, l’humanité acceptera Dieu et atteindra la connaissance et l’amour de Dieu.

    Nous avons dit plus haut que la Terre Sainte est indissociable de l’Alliance car elle est constituante de la promesse de Dieu. Sa possession est toutefois conditionnelle au respect de la Torah et toute désobéissance peut entraîner le rejet de la Terre. Ainsi, le Judaïsme attribue généralement à ses propres fautes son exil ainsi que les persécutions dont il fut l’objet. Cependant, cela n’excuse pas les persécuteurs qui auront un juste châtiment.

    Mais le Judaïsme est animé également d’une espérance fondamentale: l’avènement du règne messianique. Le messianisme a été développé dès le 6e siècle avant Jésus-Christ par les prophètes et s’est affiné durant toute l’histoire juive. Cette attente est le coeur de la foi juive et c’est ce que nous tenterons de résumer bien schématiquement ici.

    Un jour, l’ère messianique arrivera. En quoi consistera-t-elle? En fait, il s’agit de la conviction qu’un jour Dieu règnera sur Israël et, par Israël, sur le monde tout entier.

    Un Messie viendra d’abord. Ce ne sera pas Dieu mais un homme issu de la lignée du roi David, choisi spécialement par Dieu et qui rétablira Israël sur sa Terre. Ce sera un retour (Techouvah) tant sur le plan matériel du retour en Terre promise que sur le plan spirituel de repentance. Sur cette terre, Israël pourra vivre en paix. D’ailleurs, à ce moment, aucune nation ne se battra plus. Ce sera l’avènement définitif de la paix universelle. L’humanité reviendra au végétarisme qui prévalait avant Noé, et l’humanité toute entière reconnaîtra en Dieu le vrai Dieu et acceptera sa souveraineté sur le monde. Le monde entier se réconciliera alors avec Israël et Jérusalem deviendra le centre spirituel mondial.

    Cela s’accomplira en son heure et les spéculations sur la date de la venue des temps messianiques ne sont pas pertinents. Tout au plus peut-on affirmer que la droiture du peuple juif a le pouvoir de hâter ces temps comme son infidélité la retarde. On sait aussi que cela viendra après de nombreuses catastrophes, au cours du 7e millénaire. Or, selon le calendrier juif, nous sommes à la fin du 6e millénaire et c’est sans doute pourquoi plusieurs ont vu dans l’installation d’Israël sur son territoire un signe précurseur de cette ère. A ce moment, le monde continuera de fonctionner selon les lois naturelles qui prévalent aujourd’hui et tous vivront en paix. Après cela viendra la résurrection des morts.

    En guise de conclusion, il faut citer Epstein qui résume tout cela dans un très beau texte:

    Le Royaume de Dieu, dans sa conception terrestre et sociale, donne la clé de toutes les manifestations du Judaïsme et, en fait, la solution à l’énigme de l’existence du peuple juif. Les Juifs, on l’a dit, espèrent contre toute espérance. Aucun peuple n’a souffert plus que les Juifs de l’inhumanité de l’homme envers l’homme, et pourtant ils ont refusé de désespérer du monde ou de l’humanité, et n’ont jamais renoncé à croire à la regénération et perfection finales de l’homme. Cette croyance n’est pas le produit d’une époque récente, dû à un sentiment de déception et de désespoir cherchant le soulagement dans le vague espoir de jours meilleurs; c’est une véritable tradition historique, fondée sur la conviction que Dieu a choisi ce monde pour en faire le théâtre d’un ordre divin où la bonté et la vérité règneront sans restriction.

    Pour le Judaïsme, le Royaume de Dieu sera inauguré par le Messie. Le Messie sera le personnage central d’une époque qui verra le règne de la justice sur la terre, justice qui apportera à tous la paix et une plénitude parfaite de ce qui est nécessaire pour mener une vie droite, mais sans enlever le besoin du sacrifice exigé par un idéal sans cesse élargi. Mais le Messie juif n’est pas un être surnaturel, pas plus qu’un être divin fondé à pardonner les péchés; il ne saurait a fortiori être confondu avec Dieu. Tout au plus est-il un mortel qui sera l’instrument de la pleine réhabilitation d’Israël à posséder son ancienne patrie et, par l’intermédiaire d’un Israël restauré, opérera la regénération morale et spirituelle de toute l’humanité, en rendant chaque homme propre à devenir citoyen du Royaume. Alors le règne du Seigneur sera universel. Comme le dit le prophète: "L’Éternel sera roi de toute la terre; en ce jour-là, l’Éternel sera le seul Éternel, et Son Nom sera le seul nom." (Zach. 14,9); et, dans cette universalité d’une religion véritable, professée par tous les hommes et réalisée dans toutes leurs relations avec Dieu et avec leurs semblables, le dessein de Dieu trouvera son accomplissement sur la terre.

    Le Royaume de Dieu sous sa forme messianique et terrestre ne fait que préparer la consommation du Royaume dans le monde à venir, qui sera au-dessus de l’histoire et au-dessus de la Nature, monde que, selon le mot d’un rabbin, "aucune oreille n’a entendu et aucun oeil n’a vu" (cf. Is. 64,3). À cet ordre de choses qui transcende la Nature et l’histoire sont associées les doctrines de la résurrection des morts et de l’universel Jugement Dernier, quand la fin de toutes les voies de Dieu sera manifestée et que la parfaite consommation de Son dessein sera accomplie. (Epstein, pp.131-132)


  • Commentaires

    1
    jey
    Mercredi 9 Février 2011 à 14:10
    Très intéressant et très pratique pour rédiger un exposé. Merci
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