• Un démon est un esprit, généralement mauvais, qui peut manipuler les sentiments ou le comportement des êtres vivants.

    Civilisations primitives

    Dans les anciennes croyances, les démons sont des esprits « malins », c'est-à-dire qui agissent avec malignité, dans le but de nuire. Ce sont des forces obscures, des puissances secrètes et personnifiées que l'iconographie représente en général de la façon la plus immédiatement compréhensible par l'imagination populaire dans une culture donnée.

    Mésopotamie

    La variété presque infinie des démons en Mésopotamie est à la mesure de l'imaginaire local. Les créatures démoniaques, agents ou simples vecteurs du Mal ont souvent été créés par les dieux, voire sont issus d'eux, en particulier du couple An (Le Ciel) et Ki ( la Terre ), ce qui souligne leur proximité avec les forces élémentaires. Certains sont à mi-chemin entre les génies malfaisants et de véritables divinités comme Lamastu, fille d'Anu, Pazuzu, fils du dieu infernal Hanbu, Sulak ou encore Namtar, autre personnage divin des Enfers, fils d'Enlil. D'abord conçus comme les exécuteurs des châtiments décrétés par les dieux, qui se manifestent souvent par des atteintes physiques, les démons deviennent au 1er millénaire des entités maléfiques pratiquement autonomes émanant du monde infernal où ils cherchent à entraîner leurs victimes. La "possession démoniaque" entraîne des maux physiques et moraux qui excluent de la société humaine ceux qui en sont atteints. Les démons touchent leur victime par contact ou par une véritable "saisie" et sont souvent évoqués sous la forme d'un souffle ou d'un venin; ils sont invisibles mais parfois entourés d'un halo. Leur corps est sale, impur et répand de mauvaises odeurs. Ils se glissent sans être vus dans les habitations et presque aucun obstacle matériel ne peut les arrêter. Tous les démons voient leur pouvoir néfastes particulièrement renforcés dans les lieux et les moments les moins bien contrôlés par l'homme: désert, ruines, endroits obscurs en général, nuit. Ainsi le démon allulaya, la courtilière, agresse sur la route le voyageur nocturne. Certains démons sont pourvus d'une véritable personnalité, mais la majorité sont plutôt des désignations génériques et oeuvrent par groupe de sept (heptade). Une catégorie particulière est représentée par les Etemmu (sumérien GIDIM), les spectres. Il s'agit d'humains ayant connu une mort violente ou souffert d'un défaut de rite funéraire, qui peuvent remonter des Enfers pour tourmenter les vivants. Ils s'introduisent par l'oreille et provoquent des désordres mentaux. On lutte contre leur atteinte appelée la "main de spectre" (qât etemmi) par des rituels et des pratiques magiques. Il est par ailleurs peu recommandé d'évoquer les Etemmu pour pratiquer la nécromancie, car ils se retournent souvent contre ceux qui les ont appelés. Les démons Alû sont assez souvent rendus responsables des troubles du sommeil: les mauvais rêves, l'insomnie, mais aussi son opposée, la somnolence perpétuelle appelée la "la main du démon Alû". On trouve également les Kûbu, fantômes des foetus morts avant terme, et, par opposition au "dieu protecteur" qui accompagne chaque individu, un "mauvais démon personnel", qui attaque les gens en s'attachant à eux individuellement. Certains démons sont enfin simplement la personnification de maladies comme l'épilepsie (Bennu), le mal de tête (Di'u) ou de mauvaises influences (le "mauvais oeil").

    Antiquité

    Les démons tels qu'ils apparaissent dans la littérature grecque depuis Hésiode sont des êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, personnifiant tantôt les vertus morales, tantôt les forces de la nature. Ils aident les dieux à organiser le monde et à faire respecter l'ordre moral. Le mot sert aussi bien à désigner l'être responsable de la destinée d'un être humain, que le génie spécifique d'une cité, d'un lieu, ou d'une famille. Il correspond au genius des latins. Ainsi, Socrate, selon Le Banquet de Platon, considérait être inspiré par un démon particulier.

    Christianisme

    Les ecclésiastiques lui ont donné le sens d'ange déchu, d'esprit du mal ou de diable.

    Finalement, il n'y a guère de différence entre le « daïmon » d'un individu et son ange tutélaire. Les gnostiques distinguaient deux catégories de démons : les agatho-démons, des esprits bienfaisants, et les caco-démons, les esprits malfaisants. Pour certains gnostiques et kabbalistes chaque homme aurait même un bon et un mauvais démon qui l'accompagneraient durant toute son existence.

    Le christianisme antique et médiéval les présente comme invisibles, mais certains hommes d'Église et saints sont supposés en avoir vu (saint Venant, Guibert de Nogent, Raoul Glaber), ou avoir lutté avec eux (le saint Curé d'Ars). Des conciles, comme celui de Braga, ont traité des démons. Leur prince est Belzébuth, lieutenant de Satan, parfois représenté dans l'iconographie par des artistes avec divers attributs effrayants : couronne de feu, ailes de chauve-souris, cornes, pattes de bouc et queue de lion.

    D'après le «,mythe de la Chute des anges rebelles,», les démons passent pour être les anges rebelles, soit les créatures jadis célestes qui furent partisanes de Lucifer pendant la lutte de ce dernier contre son homologue saint Michel – lutte à l'issue de laquelle Lucifer et ses anges ont été vaincus et ont chuté en enfer. Dans la théologie catholique, les démons sont avant tout des esprits fait par Dieu pour être des anges, mais qui se sont détournés de leur Créateur à la suite de Lucifer (le porteur de lumière), sans doute pour devenir eux-même objet d'adoration.

    Une « science » porte sur eux : la démonologie, qui tient lieu d'équivalent infernal de l'angéologie. Mais la démonologie prétend élargir son champ d'étude à l'univers des sciences « maudites », occultes.
    Catégories de démons

    Certaines mythologies établissent des distinctions entre différentes sortes de démons.

    Mythologie chrétienne

    * Les succubes sont des démons femelles venant séduire les hommes dans leur sommeil pour s'unir charnellement à eux. Selon la kabbale, Lilith est leur reine ; première femme d'Adam, elle aurait eu des enfants de lui, bien qu'étant supposée avoir refusé les rapports sexuels classifiés par le terme "position du missionnaire". Elle avait autour d'elle 180 000 succubes.
    * Les incubes sont des démons mâles venant séduire les femmes dans leur sommeil pour s'unir charnellement à elles. Merlin était, selon une légende chrétienne, fils du Diable.
    * Les princes de l'enfer sont les démons supérieurs, les diables. Il en existe quatre :
    o Satan représente l'opposition à Dieu. Il est symbolisé par le feu et le sud.
    o Lucifer (« porteur de lumière », en latin) représente le désir de connaissance. Il est symbolisé par l'air, l'étoile du matin et l'est.
    o Bélial (« seigneur du vent », en hébreu), représente l'indépendance. Il est symbolisé par la terre et le nord.
    o Léviathan est le serpent des profondeurs. Il est symbolisé par l'eau et l'ouest.


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  • La croyance aux esprits, c'est-à-dire les spectres des morts, est universelle. Dans les sociétés archaïques et beaucoup de civilisations historiques, ces esprits évoluaient dans une grande familiarité avec les vivants. Les grandes religions et des grands dieux les ont relégués au second plan. Le rationalisme les a niés. Depuis le milieu du xixe siècle, ils sont revenus dans le monde moderne : en Angleterre avec le phénomène des maisons hantées ; puis en France et ailleurs avec le spiritisme et les médiums communiquant avec les esprits des morts.
    Selon la croyance aux esprits, ceux-ci se détachent des cadavres et existent dans une sphère propre, une noosphère, pour revenir quand on les invoque. On peut penser, et c'est mon cas, que la puissance du cerveau humain est capable de régénérer une personne qui a disparu, de la rendre concrètement présente comme dans le rêve, et je crois qu'en vertu de cette capacité régénératrice, une communauté d'individus animés par une foi, par une croyance, peut rendre présent l'esprit d'une personne morte qui se manifeste alors « objectivement » et délivre des messages. C'est une réalité effectivement objective, bien qu'elle soit produite par nos subjectivités. Sans nous, les esprits ne se manifesteraient pas et je crois qu'ils n'existeraient pas.
    La présence d'esprits divinisés, ou génies, se manifeste avec les orishas du candomblé brésilien, dieux africains intégrés dans le culte chrétien. Convoqués au cours de cérémonies, ils s'emparent d'un fidèle, l'habitent, parlent à travers sa voix. L'existence des orishas est objective. Mais elle est objective à partir de communautés animées d'une foi subjective.
    Les grands dieux ont, eux aussi, une existence objective à travers la foi collective d'un peuple. Leur puissance est telle qu'ils sont capables de demander aux humains les vénérant de mourir ou de tuer pour eux. C'est-à-dire que nous sommes capables, par nos esprits conjugués, de créer des êtres supérieurs, divins, qui deviennent nos maîtres - bien que nous en soyons les créateurs. Ils sont autoritaires, exigent de nous des hommages incessants, des louanges, de la vénération et en échange, nous nous permettons de leur demander des services.
    Les fidèles croient absolument en l'existence de leur Dieu - et nient celle des dieux des autres religions. Les sceptiques nient l'existence de tous les dieux. Je suis personnellement convaincu de l'existence de tous les dieux auxquels la foi à donné leur substance. Je suis convaincu que ces dieux existeront tant que des humains croiront en eux. Mais je pense que si l'humanité disparaît, les pauvres dieux mourront, comme nous. De la même manière, je suis frappé par les visions des mystiques : les trois petits bergers qui ont vu la Vierge de Fatima, l'émouvante sœur Faustine, la religieuse polonaise qui conversait avec le Christ et la Vierge, Sabbataï Zevi, ce messie juif du XVIIe siècle qui voyait réellement des kyrielles d'anges. Je suis fasciné par le pouvoir extraordinaire de l'esprit humain qui se manifeste ainsi, en créant des entités divines prodigieuses qui, dans des visions hallucinatoires, vont se manifester concrètement.
    Par ailleurs, à toutes ces croyances vécues dans les esprits, dans les génies, dans les dieux, j'ajouterais l'expérience moderne qui a remplacé les Dieux par des Idées-Maîtresses. Beaucoup de ceux qui ont cru se libérer des Dieux sont devenus esclaves d'Idées, à la fois adorées et implacables. Nous avons donné une puissance quasi divine à nos mythes idéologiques. Nous avons été capables de mourir et de tuer pour le communisme, et nous saurons l'être pour la liberté et la fraternité. Soyons fidèles à nos idées, mais ne nous laissons pas dévorer par elles. Restons conscients de la force inouïe dont nous dotons des abstractions. Ayons avec elles un commerce qui soit en même temps de foi et de doute. C'est le principe de Pascal et le tourment de Dostoïevski : il faut maintenir le doute dans la foi, mais aussi savoir sauver la foi dans le doute.

    Edgar Morin est philosophe, sociologue et anthropologue. Son œuvre est considérable.


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  • Les personnes sont des cadeaux. Certaines sont magnifiquement enveloppées, elles sont très attrayantes, dès le premier contact. D'autres sont enveloppées de papier très ordinaire. D'autres ont été malmenées par la poste.
    II arrive parfois qu'il y ait une " distribution spéciale ", certaines sont des cadeaux dont l'emballage laisse à désirer,d'autres dont l'emballage est bien fait.

    Mais l'emballage n'est pas le cadeau! C'est si facile de faire l'erreur...et nous rions quand les enfants prennent l'un pour l'autre. Parfois, le cadeau est très facile à ouvrir, parfois il faut se faire aider. Peut-être parce que les autres ont peur? Ils ont peut-être déjà été ouverts et rejetés?

    Je suis une personne et donc moi, je suis un cadeau! Un cadeau pour moi-même, d'abord. Ai-je regardé à l'intérieur de l'emballage? Ai-je peur de le faire? Peut-être n'ai-je jamais accepté le cadeau que je suis... Pourrait-il se faire qu'il y ait à l'intérieur quelque chose de différent de ce que j'imagine? Je n'ai peut-être jamais vu le cadeau merveilleux que je suis. Ma création pourrait-elle être autre chose que magnifique?

    J'aime les cadeaux que je reçois de ceux qui m'aiment, pourquoi pas le cadeau que je suis?

    Je suis un cadeau pour les autres, est-ce que j'accepte d'être donné aux autres? Les autres doivent-ils se contenter de l'emballage? Peuvent-ils apprécier tout le cadeau?

    Toutes les rencontres sont des échanges de cadeaux mais un cadeau sans quelqu'un qui le donne n'est pas un cadeau; c'est une chose privée de liens avec celui qui donne ou celui qui reçoit.

    L'amitié est une relation entre des personnes qui se voient comme elles sont en réalité...
    Ne sommes-nous pas des cadeaux les uns envers les autres et pour les autres?


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    C’est le philosophe Karl Jaspers (dans Origine et sens de l’histoire) qui, le premier, a fait ressortir que, plusieurs fois, à l’occasion de profonds changements, l’humanité semble être repartie sur de nouvelles bases, tant spirituelles que matérielles. Il a proposé quatre grands tournants : la transformation néolithique ; la formation des premières cités avec l’apparition de l’écriture et l’émergence d’organes de pouvoir ; le milieu du premier millénaire avant notre ère, période qui fut celle de Bouddha, Zoroastre, Confucius et Lao-Tseu, celle de Platon et des philosophes grecs, celle du prophétisme en Israël, période dans laquelle Jaspers voit le “ tournant axial ” de l’histoire de l’humanité ; et enfin la modernité, qui, en Occident, s’est affirmée au XVIème siècle et a pris son essor à la fin du XVIIIème. Il s’agit dès lors de rechercher si, aux transformations de la société qui correspondent à ces grands tournants de l’histoire, on peut associer des transformations typiques des religions.

    Sans oublier, toutefois, que de telles transformations, loin d’être brusques, sont des mutations de longue durée, s’étendant sur plusieurs siècles et ne se produisant pas nécessairement partout en même temps. En outre, voulant rester dans une conception très générale, nous définirons la religion comme une organisation supposant l’existence d’une réalité supra-empirique avec laquelle il est possible de communiquer par des moyens symboliques (prières, rites, méditation ...) afin de procurer une maîtrise et un accomplissement dépassant les limites de la réalité objective.

    Avant la mutation néolithique : les peuples chasseurs-cueilleurs et le chamanisme

    Connaître la religion des peuples de la préhistoire est évidemment très difficile. Néanmoins, en quelques rares régions, des sociétés de chasseurs-cueilleurs ont subsisté jusqu’à une époque très récente. Par exemple dans le nord sibérien, où elles ont pu être étudiées de très près par Roberte Hamayon. Leur religion est le chamanisme. Point fondamental : l’homme et l’animal sont chacun dotés d’une âme, ou encore esprit ou force vitale, qui sont équivalentes. Tuer un animal à la chasse est donc tuer son semblable. C’est grave. Si bien que ces chasseurs, qui n’utilisent pas le mot tuer, disent obtenir du gibier, et l’obtenir en échange de leur force vitale, cédée aux animaux. D’où, pour l’homme, la vieillesse, la maladie et la mort. On est dans une logique d’échange. Le rôle du chamane est d’aller négocier ces échanges avec les esprits animaux, car il est seul à pouvoir envoyer son âme dans le monde des esprits. Au cours du rituel, il simule ces négociations : il s’agit d’obtenir le maximum de gibier en concédant le minimum de force vitale.

    Un tel imaginaire s’explique évidemment par la très grande proximité des chasseurs cueilleurs avec les animaux, dont ils connaissent parfaitement le comportement ; ils vivent quasiment en symbiose avec eux. Ce système symbolique leur permet d’agir sur leur chance à la chasse et leur explique aussi les maux qu’ils subissent. C’est bien une maîtrise dépassant les limites de la réalité objective.

    Cela dit, tous les chasseurs cueilleurs actuellement connus ne sont pas chamanistes dans ce sens précis. Ce n’est par exemple le cas ni des Aborigènes d’Australie, ni des Pygmées ou des Patagons. Néanmoins, chez tous ces peuples, on retrouve trois traits communs : l’idée d’une équivalence entre l’âme humaine et l’esprit animal, le sentiment d’une intime unité avec la nature et la pratique d’actions rituelles par identification aux esprits, sans prière ni sacrifice. Ajoutons que certains préhistoriens voient dans les peintures animales rupestres (Lascaux par exemple) une preuve de pratiques chamanistes dans les temps préhistoriques.

    La mutation néolithique : révolution agricole et religions orales agraires

    Que se passe-t-il quand un peuple chasseur-cueilleur devient éleveur ? Toujours dans le nord sibérien, on a observé que les éleveurs mettent alors en avant le lien avec les âmes des ancêtres, et non plus avec les esprits animaux. On s’adresse aux ancêtres par le moyen de prières, d’offrandes et de sacrifices. Quant aux maux, ils sont considérés comme la sanction de fautes ou de désobéissances vis-à-vis des ancêtres. C’est là un tout début de sens moral. Les funérailles et le culte des ancêtres prennent de l’importance. Au lien “horizontal” avec les animaux se substitue un lien “vertical” avec les ancêtres, qui, au fur et à mesure de l’évolution, finiront par être divinisés. Toutefois des pratiques anciennes peuvent subsister simultanément et sont longues à disparaître, d’autant que la proximité avec les animaux reste grande (totémisme par exemple).

    désormais supérieurs aux animaux qu’ils ont domestiqués. Par contre ils se sentent dépendants des ancêtres dont ils ont reçu ce qu’ils ont et ce qu’ils savent. Il en sera de même quand les ancêtres feront place à des divinités. Si on élargit la réflexion à d’autres civilisations agro-pastorales, on constate que les divinités y sont importantes. Sur le pourtour de la Méditerrannée, divers témoignages archéologiques laissent supposer le culte d’une déesse-mère, déesse de la fécondité, souvent identifiée à la Terre. De même les cultes solaires sont à mettre en relation avec l’importance des rythmes solaires pour l’agriculture.

    Les religions polythéistes antiques

    Venons-en aux religions polythéistes des sociétés dotées d’un Etat et de l’écriture (telles les premières cités antiques). Si le changement fut très progressif, il n’en est pas moins évident : panthéons variés, vastes temples, un clergé nombreux, des souverains représentant ou incarnant la divinité. Le rôle des ancêtres s’efface ; on note la demande d’immortalité des rois, des héros et des grands.

    Pourquoi ces changements ? Les sociétés antérieures visaient à se reproduire à l’identique selon le modèle instauré par les ancêtres. Les grandes civilisations, au contraire, naissent dans un milieu qu’elles aménagent (les vallées fertiles des grands fleuves : Nil, Mésopotamie, Indus ..) et ne cessent de développer la production artisanale, le commerce et les villes. Elles en viennent ainsi à distinguer un temps mythique originel où le cadre du monde a été mis en place et leur propre temps historico-légendaire. Le pouvoir sur le monde n’appartient plus aux ancêtres, fussent-ils primordiaux, mais aux dieux. Ceux-ci foisonnent, car la nature, dont on ignore toujours les processus fondamentaux, reste perçue comme une surnature et tout ce que l’on souhaite mieux maîtriser est attribué à un dieu. Les progrès de l’agriculture rendant possibles (les bonnes années) des surplus agricoles, ces derniers permettant le développement de l’administration royale, comme celui de la prêtrise, des temples et de leurs possessions ; d’autant que règne la conviction que plus les dieux sont honorés, mieux iront les choses. On voit l’émergence de la notion de dieu juste, et même de péché. Néanmoins la plupart des normes morales viennent de la coutume et les dieux ne font guère que les justifier et les sanctionner.

    Les religions universalistes de salut. Le tournant du premier millénaire avant notre ère

    Il s’agit là de religions pleinement insérées dans l’histoire, car elles reposent sur un fondateur qui a une existence historique (bien que souvent encadrée de légendes). Citons le Judaïsme, le Zoroastrisme, le Bouddhisme, apparus vers le milieu du premier millénaire avant notre ère ; puis, issus du Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Deux traits essentiels : ce sont des religions de “salut”, qui proposent un salut hors du monde, au-delà de la mort ; et qui se veulent universalistes, le salut étant ouvert à tous. En fait deux grandes configurations : soit le monothéisme, fondé sur l’existence d’un dieu unique, transcendant et personnel (Zoroastrisme, Judaïsme, Christianisme, Islam) ; soit le “karmisme”(Inde et Extrême-Orient), qui postule l’existence d’une essence universelle, immanente et impersonnelle, que l’individu rejoint au terme de son destin. Dans les deux cas, religions éthiques qui enseignent la conduite à suivre dans la vie et insistent sur le perfectionnement spirituel. Par rapport aux polythéismes antérieurs, on peut relier de tels changements à des facteurs géo-politiques ou spirituels. C’est vers le milieu de ce millénaire que commencent à se former les grands empires, qui se disent universels Les dieux des peuples vaincus sont dévalorisés (sauf, pour Israël, à faire de son Dieu unique national un Dieu universel). Mais le milieu du premier millénaire est aussi celui où vécurent Platon et les premiers philosophes grecs ainsi que les Prophètes d’Israël ; et aussi Bouddha, Zoroastre, Confucius, Lao-Tseu... Cette conjonction, surprenante, témoigne d’une profonde évolution de la spiritualité. Les classes sociales évoluées sont, selon Max Weber, porteuses d’une certaine rationalisation éthico-religieuse ; en Grèce, le souci du salut apparaît chez les adeptes des cultes à mystères (Eleusis, Orphisme etc..). Par ailleurs l’observation de la nature conduit aux premières explications rationnelles de certains phénomènes, chez les philosophes grecs, mais aussi en Inde ou en Chine. Tout cela peut avoir contribué à cette recherche d’un salut hors du monde et avoir permis l’épanouissement de tendances monothéistes ou métaphysiques jusqu’alors inabouties. Le Christianisme, puis l’Islam, issus du Judaïsme, s’inscrivent ensuite dans cette évolution. Le premier millénaire, prolongé par l’Antiquité tardive, constitue bien ainsi cette charnière importante, si importante que Karl Jaspers l’a appelée âge axial de l’histoire de l’humanité.

    La modernité

    C’est l’ensemble des transformations qui ont fait prendre à l’Europe, à partir du XVIème siècle, un cours distinct de celui du reste du monde. Nous n’en parlerons que brièvement, nous en tenant à la modernité telle que vécue actuellement en Occident. Au regard du fait religieux, trois traits marquants : l’émergence en tous domaines de conceptions profanes. Qu’il s’agisse de l’univers, de la nature, de l’homme, de la société, une pensée séculière prédomine. Plus encore, il y a recentrement sur le monde : le souci principal est celui de l’épanouissement personnel sur terre, dans une modernité qui vise avant tout l’amélioration de la condition humaine. On parle moins de salut dans l’au-delà que de droits de l’homme et d’amour du prochain. La relation à Dieu, enfin, prend un caractère beaucoup plus individuel, au point qu’on parle souvent de religion “à la carte”. Comment relier ces changements aux facteurs bien connus de la modernité : la primauté de la raison, le développement des sciences et des techniques, la volonté de liberté, et leurs conséquences, émergence des masses sur la scène de l’histoire, développement prodigieux de l’économie, mondialisation, autonomie des diverses sphères de l’activité humaine. Pour la religion, chacun de ces facteurs peut être cause de déclin, mais aussi de redéfinition-adaptation ou de réaction conservatrice ou encore d’innovation. Sans entrer ici dans le détail de l’analyse, nous dirons que si, des années 1945 à 1975 (les “trente glorieuses”), le poids des facteurs de déclin s’était accru, depuis lors il semble avoir diminué. La modernité n’est plus triomphante ; elle soulève critiques et contestations. On parle de modernité désenchantée. Cela crée des conditions favorables à un regain du religieux, sous les formes extrêmement diverses et parfois surprenantes que l’on observe partout.

    Pour conclure, nous dirons qu’au plan de l’évolution matérielle de l’humanité, les changements majeurs sont probablement la mutation néolithique et la modernité : d’un côté maîtrise progressive des produits du sol et de l’autre maîtrise progressive de l’énergie dont toute l’évolution matérielle moderne a découlé. En revanche, au plan religieux, les principaux tournants semblent bien être encore le néolithique (on passe d’un univers humano-animal à un univers humano-divin) et ensuite la naissance des religions du salut, le tournant axial pour Jaspers, qui apporte l’universalisme, l’idée de transcendance et le sens d’un destin au-delà du monde. Reste à savoir si la modernité ne sera pas aussi la source d’un changement religieux radical dont les contours restent pour le moment incertains et confus (cf. Marcel Gauchet et son livre Le désenchantement du monde)

    Yves Lambert. http://www.erf-auteuil.org/conferences/l-evolution-des-religions-a%20la-lumiere-des-grands-tournants-de-l-histoire.html


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  • Les musulmans croient en Allah qui est unique, miséricordieux, clément et dispose de tous pouvoirs. La foi islamique est fondée sur cinq «piliers» auxquels le musulman doit adhérer s'il veut espérer être sauvé.

    Les piliers sont :
    1. La confession de foi (chahada) :
    «Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et Mohammed est son prophète».
    2. La prière rituelle (salat) :
    A cinq moments précis de la journée. (Une sixième prière est recommandée mais ce n'est pas obligatoire).
    3. Les aumônes (zakat) :
    Des offrandes obligatoires et volontaires pour le pauvre.
    4. Le jeûne (saum) :
    Surtout pendant le mois «saint» du Ramadan.
    5. Le pèlerinage (hadj) :
    Au moins une fois dans sa vie à La Mecque.

    Même s'il observe chacun des piliers de la foi, un musulman n'aura pas l'assurance d'être sauvé au sens chrétien. L'islam est une religion basée sur la propre justice. Les musulmans croient souvent, qu'au jour du jugement, Allah (ou un ange) se munira d'une balance et pèsera les actes de chaque personne. Leur espoir est que les bonnes actions l'emporteront sur les mauvaises, mais le jugement reste soumis à la volonté d'Allah, indépendamment de la justice.

    Une autre interprétation est que les actes des hommes sont écrits dans un livre qu'Allah ouvrira au jour du jugement. Il placera les ouvres de l'homme soit dans sa main droite, soit dans sa main gauche. Le véritable chemin pour gagner le paradis est de mourir comme martyr au djihad, la guerre sainte islamique.

    Mohammed est le plus grand prophète de l'islam, mais le Coran parle souvent de Jésus, aussi connu comme Isa. Le Coran présente également Jésus comme Kalimatou Allah, la Parole de Dieu. Il y est enseigné que Jésus est né de la vierge Marie par un miracle de Dieu. Les musulmans ne croient pas en sa mort sur la croix, ni en sa résurrection, ni en sa déité. Bien que Jésus soit le second prophète de l'islam, l'Isa du Coran n'est qu'un prophète parmi d'autres.

    Le Coran, sourate 112, déclare : «Dieu est unique et éternel. Il n'engendre pas et n'est pas engendré. Il n'a pas d'égal». C'est pourquoi, sur les murs d'une grande mosquée de Jérusalem, il est écrit : «Dieu n'a pas de fils». Certains musulmans pensent que l'expression «Fils de Dieu» signifie que Dieu a eu un fils au travers d'une relation physique, ce qui est blasphématoire même pour les chrétiens.

    La croyance dans les anges et les mauvais esprits, les djinns, joue un rôle très important dans la vie quotidienne de beaucoup de musulmans. Le Coran stipule que "bons et mauvais esprits viennent d'Allah", mais les croyances de l'islam populaire donnent une dimension réelle et souvent terrifiante à cette doctrine.

    Comme toute religion, l'islam imprègne tous les aspects de la vie. Dans le Coran et les Hadith se trouvent toutes les instructions réglant chaque détail de la vie quotidienne d'un musulman.


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